Aux États-Unis, une étude récente montre que l’immense majorité des joueurs achètent peu de jeux par an, souvent pour des raisons économiques mais aussi à cause de nouvelles habitudes de consommation. À l’heure où les free-to-play cartonnent et où les abonnements prennent de plus en plus de place, les ventes à l’unité se font plus rares.
La majorité joue beaucoup mais achète peu
D’après les chiffres publiés par Mat Piscatella, analyste chez Circana, 63 % des joueurs américains achètent au maximum deux jeux par an. Plus précisément, 33 % en achètent moins d’un sur douze mois, 12 % se contentent d’un seul jeu et 18 % sont prêts à dégainer la carte bleue une fois tous les six mois. Autrement dit, seuls 4 % des joueurs achètent plus d’un jeu par mois.
C’est un changement radical comparé aux années 2000 où les joueurs achetaient régulièrement pour suivre les sorties. Aujourd’hui, le public casual, autrement dit pas forcément passionné ni très impliqué, compose une bonne part du marché, et ses dépenses sont bien plus mesurées.
Des investissements ciblés sur quelques titres majeurs
Cette concentration des achats s’explique en partie par la force d’attraction de jeux mastodontes. Beaucoup de joueurs se contentent d’un Call of Duty, d’un EA Sports FC (anciennement FIFA) ou d’un Madden par an, et restent dessus des mois durant. D’autres attendent la sortie d’un gros événement comme un GTA, un Zelda ou un Spider-Man pour revenir manette en main.
Dans ce contexte, on observe une consommation quasi exclusive basée sur les blockbusters. Pour les autres types de jeux, qu’ils soient indépendants ou même AA, la compétition devient particulièrement rude… sauf s’ils intègrent un abonnement, un modèle freemium ou s’appuient sur une forte communauté.
Free-to-play, abonnements, jeux service : les nouvelles habitudes
Aujourd’hui, il est tout à fait possible de passer une année entière à jouer intensément sans dépenser un centime sur le store. Epic Games distribue des jeux gratuits chaque semaine, les free-to-play comme Fortnite, Apex Legends ou Warzone se renouvellent sans cesse, et les services d’abonnement tels que le Game Pass ou PlayStation Plus Extra permettent d’accéder à un immense catalogue pour une poignée d’euros par mois.
Cette évolution du marché modifie profondément les réflexes d’achat. Pourquoi dépenser 70 € dans un jeu qui dure 10 heures quand, avec un abonnement, on peut s’en offrir une trentaine sur la même période ? Même les gros jeux bénéficient souvent d’un lancement day one via ces services, renforçant encore l’intérêt pour cette formule.
Une fracture de plus en plus visible entre passionnés et grand public
Finalement, cette tendance révèle une scission nette dans les profils de joueurs. D’un côté, les passionnés achètent régulièrement, explorent plusieurs genres, s’intéressent à la scène indépendante, et sont prêts à payer pour vivre des expériences originales. De l’autre, un public bien plus large, occasionnel, qui consomme peu, souvent les mêmes licences, parfois sur mobile, et avec un minimum de dépenses.
Côté éditeurs, cela complique la donne. Comment rentabiliser un projet ambitieux quand une grande partie du marché ne paiera pas le prix fort ? C’est là que les modèles hybrides entrent en jeu :
- accès anticipé
- battle pass
- extensions régulières
- mises à jour gratuites mais incitant à l’achat de cosmétiques ou de contenu annexe
Pour les studios, capter l’attention du grand public est devenu un défi presque plus complexe que développer les jeux eux-mêmes.

