Pokémon Legends: Z-A arrive cette semaine, et pourtant, l’attente ressemble davantage à un fardeau qu’à une excitation. Pour certains fans de longue date, dont je fais partie, l’idée même de payer pour un nouvel épisode suscite un sentiment diffus de culpabilité. Acheter un jeu Pokémon ne devrait pas ressembler à un dilemme moral, et pourtant…
De l’espoir avec Arceus, puis une descente rapide
J’avais adoré Legends: Arceus. Ce n’était pas parfait, loin de là, mais c’était la première fois depuis longtemps que j’avais l’impression que la série se secouait enfin. Game Freak sortait de sa routine en proposant un gameplay plus dynamique, de l’exploration repensée et une atmosphère qui tranchait nettement avec les précédents opus. Oui, techniquement, c’était limite, mais bordel, ça osait.
L’atterrissage avec Scarlet & Violet a été brutal. Un monde ouvert vide, des bugs à la pelle, une bande-son sans saveur, et une Ligue Pokémon qui fait remplissage. L’impression qui me reste ? Celle qu’on a comprimé le développement pour que tout soit calé au millimètre avec le calendrier marketing, sans souci de qualité. Et là, je me suis demandé : est-ce qu’on joue encore aux Pokémon pour l’amour du jeu, ou simplement parce qu’on le fait depuis l’enfance ?
Un conflit entre nostalgie et lucidité

Décider de jouer à Z-A, c’est plus un automatisme qu’un réel engouement. Depuis la version Rouge sur Game Boy, je n’ai jamais raté un épisode principal. Il y a une forme de loyauté instinctive, mélangée à une nostalgie tenace, qui me pousse à continuer. Et je ne suis pas seul dans ce cas. Game Freak le sait très bien, et semble s’en accommoder.
Certains petits signes m’intriguent, comme le retour de la personnalisation des personnages, complètement absente dans Scarlet & Violet. C’est un élément que j’ai toujours trouvé capital pour s’immerger, surtout dans un monde censé nous laisser explorer librement. Mais est-ce que quelques features bien mises en avant suffisent à faire oublier tout le reste ?
On attend encore un vrai passage à la vitesse supérieure
Ce qui me fatigue chez Game Freak aujourd’hui, c’est moins le fait qu’ils se plantent parfois que leur incapacité à corriger le tir. Les mêmes problèmes techniques reviennent, les animations recyclées sautent aux yeux, et aucune ambition graphique digne de ce nom n’a l’air de pointer à l’horizon. On dirait que la nouveauté suffit à faire illusion : tant qu’il y a un nouveau Pokémon ici, une mécanique inédite là, on continue de signer les yeux fermés.
Et pourtant, au fond, je sais que je vais retrouver un peu de plaisir. Il y aura des biomes bien pensés, quelques créatures au design inspiré, et des idées de gameplay intéressantes, comme dans Arceus. Mais est-ce que ça excusera encore une technique à la traîne ou une narration traitée par-dessus la jambe ? Ce n’est plus acceptable en 2024, surtout quand on parle d’une licence aussi massive.
Un espoir terni par la lucidité
Je dois l’admettre, je fais partie du problème. Je critique cette dérive, mais je continue à acheter. L’envie de retrouver un peu de la magie des débuts reste là, bien ancrée. Peut-être qu’un jour, Game Freak finira par se réveiller et livrer le jeu Pokémon qu’on mérite vraiment. Mais je doute que ce soit Z-A.
Parce qu’au fond, même si le jeu est bon, le sentiment restera ambigu. Payer pour Z-A, c’est aussi valider une politique de développement paresseuse, où on recycle plus qu’on innove. C’est accepter que les fans n’aient droit qu’à des miettes, tant qu’ils reviennent à chaque génération. Et ce n’est pas faire honneur ni aux anciens joueurs ni aux nouveaux, ni à ceux qui, chez Game Freak, aimeraient sûrement proposer mieux, mais n’en ont pas les moyens.
Acheter Z-A ne sera pas une victoire. Ce sera un compromis amer.
