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Amazon Games délaisse le MMO : pourquoi New World n’a pas suffi à sauver sa division gaming

Amazon Games semble sur le point d’abandonner presque totalement ses ambitions vidéoludiques. Malgré quelques succès comme New World et la publication de Lost Ark, la division gaming du géant américain se replie, victime de décisions économiques drastiques. Retour sur une aventure démarrée avec des rêves d’envergure, mais rattrapée par le pragmatisme d’entreprise.

Des débuts prudents avant de viser le AAA

Fondée en 2012, Amazon Games a d’abord exploré le domaine vidéoludique avec des titres modestes sur mobile, histoire de se faire la main. Mais l’objectif affiché à moyen terme était clair : s’imposer dans la cour des grands avec des jeux AAA taillés pour concurrencer les studios établis. L’idée était de miser sur des genres populaires, en particulier les jeux multijoueurs en ligne, comme les MMORPG, les shooters à héros ou les expériences d’aventure massives.

Avec les moyens colossaux d’Amazon, difficile de ne pas imaginer le meilleur. Mais très vite, les premiers projets ont fait l’objet de désillusions. Crucible, leur tentative d’entrée dans le monde des shooters compétitifs à la Overwatch, a connu un revers cinglant. Sorti dans une relative indifférence, le jeu a dû revenir en bêta faute de joueurs, avant d’être annulé purement et simplement. Ce fut un premier signal d’alarme.

New World : une éclaircie trop discrète

En 2021, New World change la donne. Ce MMORPG au style hybride, mêlant exploration, crafting et affrontements de factions, réussit à se construire une base fidèle. Le lancement, loin d’être parfait, est suivi de mises à jour régulières, et d’une extension récemment saluée par les joueurs. L’annonce d’une version console montrait même une réelle volonté de pérenniser le jeu.

Mais le dernier coup de massue a surpris tout le monde : malgré cet élan positif, Amazon a stoppé net le développement du jeu. En interne, la priorité ne semble plus être donnée aux mondes persistants ou à l’investissement dans des communautés durables. Résultat, une belle dynamique interrompue au milieu du gué.

Des titres oubliés aussi vite qu’ils sont sortis

Lost Ark

En parallèle de New World, Amazon avait tenté de capitaliser sur des projets plus exotiques, souvent en tant qu’éditeur plutôt que développeur. Lost Ark, jeu sud-coréen publié en Occident grâce à Amazon, a connu un lancement explosif avec des millions de joueurs connectés. Mais comme souvent avec les free-to-play typés MMO, l’engouement est retombé rapidement.

Même chose pour Throne and Liberty, autre MMORPG teinté d’action : un réel intérêt au départ, vite effacé par des choix de gameplay contestables et un manque de vision sur le long terme. Ces projets n’ont pas réussi à inscrire Amazon comme un acteur durable du secteur, et cela s’est ressenti sur les orientations stratégiques à venir.

Changement de cap : l’IA plutôt que le fun

La nouvelle direction prise par Amazon est claire : exit le jeu vidéo, place à l’intelligence artificielle et aux services plus directement rentables. Avec 14 000 postes supprimés à l’échelle du groupe, la division jeux vidéo n’a pas été épargnée. Plusieurs studios internes ferment ou réduisent leurs équipes au minimum.

Le MMO basé sur Le Seigneur des Anneaux, pourtant ambitieux sur le papier, a été annulé. Ce genre de décision montre que même des licences porteuses ne suffisent plus à justifier un investissement prolongé. Le critère numéro un semble désormais être la rentabilité immédiate, peu compatible avec les cycles longs et souvent imprévisibles du développement vidéoludique.

Luna et les publications tierces : le dernier bastion

Tout n’est pas complètement arrêté. Amazon continue de soutenir Luna, sa plateforme de cloud gaming, même si celle-ci reste loin de concurrencer les mastodontes du secteur. En parallèle, certains titres déjà en développement, comme le futur Tomb Raider chez Crystal Dynamics, restent encadrés par Amazon, mais sans implication directe dans la création.

Quelques projets isolés vont donc encore voir le jour, mais ce sera sous l’angle d’une maison d’édition ou d’un support technologique. Amazon semble se contenter d’un rôle d’acteur périphérique, bien loin des promesses initiales.

Des jeux traités comme des produits jetables

Ce qui reste de l’aventure Amazon Games, c’est le sentiment d’une approche financière, dénuée de la culture du jeu. Là où d’autres entreprises misent sur la fidélité de leur communauté ou l’expérimentation créative, Amazon a préféré couper court à la moindre incertitude ou lenteur de croissance.

Même New World, qui représentait un vrai bijou brut avec des bases solides et une ambiance atypique, n’a pas convaincu les décideurs à haut niveau. Dans ce contexte, difficile pour les développeurs de s’épanouir ou d’imaginer des univers pérennes. Pour beaucoup de talents du studio, c’est une page qui se tourne dans l’amertume.

En résumé, Amazon a montré que l’argent seul ne suffit pas à créer du bon jeu vidéo. Sans vision au long cours ni respect de la dimension artistique, construire des mondes persistants devient mission impossible.

Lucas Durand

Depuis mon plus jeune âge, je suis un inconditionnel des jeux vidéo. Que ce soit des classiques de l'ère 8-bits ou les dernières sorties AAA, je suis toujours à la recherche de la prochaine grande aventure vidéoludique. Ayant été testeur pour un magazine de jeux vidéo, j'ai une vision à la fois analytique et passionnée des jeux que j'aborde.

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