Ubisoft aurait discrètement annulé un projet Assassin’s Creed jugé trop polémique, centré sur la Guerre Civile américaine. Le jeu, en développement préliminaire, racontait l’histoire d’un ancien esclave noir devenu Assassin. Des sources internes évoquent des inquiétudes liées au contexte politique tendu aux États-Unis, poussant l’éditeur à se rétracter.
Un Assassin’s Creed trop brûlant pour Ubisoft
Le projet, resté confidentiel jusqu’ici, a été révélé par le journaliste Stephen Totilo, de Game File. Il affirme que cinq employés d’Ubisoft lui ont confirmé qu’un jeu Assassin’s Creed situé pendant la Guerre de Sécession et la période de Reconstruction post-conflit a été annulé en 2023. Le protagoniste prévu était un ancien esclave noir, ayant fuit vers l’Ouest pour se reconstruire, avant d’être recruté par la Confrérie des Assassins.
L’histoire devait le ramener dans le Sud, au cœur d’une Amérique en reconstruction, confronté à des figures violentes du suprémacisme blanc comme le Ku Klux Klan. Un scénario puissant, à fort potentiel narratif, mais qui a rapidement inquiété les dirigeants d’Ubisoft.
“C’est trop politique pour un pays trop instable”
D’après les témoignages recueillis, Ubisoft aurait considéré le jeu comme « trop politique dans un pays trop instable« . Le climat américain actuel, polarisé autour des questions de race, d’histoire et d’identité, aurait pesé lourd dans la décision. À un moment où Donald Trump tente de réhabiliter l’image de la Confédération sudiste, intégrer des ennemis comme le KKK dans une superproduction vidéoludique aurait été perçu comme un geste potentiellement explosif.
Ce n’est pas la première fois qu’Ubisoft évite un projet ou édulcore ses messages pour ne pas provoquer de polémique. L’éditeur a souvent été critiqué pour son refus de s’engager politiquement, malgré le cadre parfois très chargé de ses jeux. Ici, le choix a été radical : abandon pur et simple.
Une décision prise dans un contexte fragile
La polémique autour d’Assassin’s Creed Shadows, encore toute récente, aurait renforcé les craintes d’un backlash. Le choix du samouraï africain Yasuke comme personnage jouable y avait divisé une partie des fans. Même si cette prise de risque assumée a été défendue par Ubisoft, elle a laissé des traces.
En parallèle, Ubisoft traversait en 2023 une période économiquement délicate. Resserrement des budgets, licenciements, recentrage sur certaines franchises phares : l’entreprise n’était pas en position de supporter un éventuel échec commercial ou une controverse médiatique majeure. D’autant plus que le projet en question n’avait pas dépassé la conception. Le jeu n’avait encore ni nom officiel, ni prototype jouable, ce qui a facilité son annulation sans perte massive.
Ce que ce choix révèle sur la stratégie d’Ubisoft
Ce retrait stratégique montre à quel point Ubisoft avance désormais avec prudence sur des sujets sensibles, en particulier sur un territoire aussi chargé politiquement que les États-Unis. Le projet avorté aurait pourtant pu apporter un vent de fraîcheur à la saga, en explorant un décor inédit et en donnant la parole à un protagoniste peu représenté dans le jeu vidéo.
La série Assassin’s Creed n’a jamais eu peur de plonger ses joueurs dans des périodes historiques complexes, du Paris révolutionnaire au Caire antique. Mais ici, l’implication politique directe et la menace de réactions extrêmes semblent avoir fait reculer l’éditeur.
Reste à voir si Ubisoft osera à nouveau explorer ce type de narration à l’avenir, ou si cette affaire marquera un tournant vers des sujets plus « neutres » sur le plan idéologique.

