Hollow Knight: Silksong est devenu un phénomène d’attente comme on en voit rarement dans l’industrie du jeu vidéo. Depuis son annonce en 2019, chaque grand événement du secteur ravive l’espoir d’une date de sortie. Pourtant, malgré tout ce battage, difficile de comprendre un tel engouement face à un jeu dont l’expérience semble déjà bien représentée ailleurs.
Silksong au centre de toutes les attentes
Depuis plus de quatre ans, Hollow Knight: Silksong alimente les rumeurs, les forums et les listes de souhaits. À chaque Nintendo Direct, PlayStation Showcase ou Xbox Event, son nom revient en boucle. Lors des annonces de Geoff Keighley, l’espoir collectif renaît pour être toujours douché par l’absence du jeu. Ce phénomène de « meme hype » n’a fait que gonfler la bulle autour du projet.
Ce n’est pas une critique du jeu lui-même. Hollow Knight premier du nom était un bon Metroidvania, sombre, exigeant, avec une vraie patte artistique. Mais le fait qu’un titre aussi confidentiel à son origine puisse aujourd’hui rivaliser en attente avec des mastodontes comme GTA 6 ou Zelda: Tears of the Kingdom reste difficile à expliquer. On parle d’un jeu en 2D, sans monde ouvert, ni promesse « révolutionnaire » claire.
Les codes d’un genre déjà saturé
Silksong s’inscrit dans les genres les plus en vogue de la dernière décennie : le Metroidvania et le Soulslike. Deux appellations qui, si elles garantissent souvent qualité et profondeur, n’ont absolument rien de rarissime. Si l’on aime explorer des mondes en 2D, galérer face à des boss nerveux, ou se laisser happer par une direction artistique léchée, l’offre ne manque pas.
Voici une petite sélection de jeux récents ou disponibles depuis un moment qui remplissent déjà très bien ce contrat :
- Dead Cells, pour son gameplay ultra nerveux et ses runs rejouables
- Ori and the Blind Forest / Ori and the Will of the Wisps, pour la beauté et l’émotion
- Blasphemous, avec son univers oppressant et sa DA religieuse dérangeante
- Ender Lilies, tout en poésie et noirceur
- Salt and Sanctuary ou Axiom Verge, pour les puristes du genre
- Même Animal Well, tout récent, apporte une proposition originale dans ce registre
Face à cette richesse, difficile de voir Silksong comme le seul digne héritier du trône du genre. D’autant plus qu’une grande partie des joueurs intéressés ont probablement déjà ces jeux dans leur bibliothèque Steam, en attente du fameux « moment pour s’y mettre ».
L’erreur de croire en l’unicité
Quand un jeu comme GTA 6 fait grimper les attentes, il y a une logique : le monde ouvert proposé, même fictif, est unique. C’est une promesse d’exploration, de ton, de densité qu’on ne retrouve pas ailleurs. Idem pour un Elden Ring qui fusionne open-world et ADN Soulslike à sa manière. Chaque grosse production de ce type arrive avec une signature quasi-incomparable, même si elle est imparfaite.
Le problème avec Silksong, c’est qu’on n’identifie pas vraiment ce qu’il apportera de neuf. Oui, on peut lui faire confiance pour offrir une ambiance travaillée. Oui, on sait que la première aventure Team Cherry avait ses charmes. Mais ça ne suffit pas à expliquer pourquoi ce titre précis serait si spécial par rapport à ses concurrents déjà établis.
Bref, à moins d’un twist révolutionnaire ou d’une proposition radicalement nouvelle encore tenue secrète, Silksong ressemble surtout à un bon Metroidvania de plus. Pas nécessairement « LE jeu » que l’industrie attendait comme le messie.
L’attente pour l’attente ?
Au final, il est possible que Silksong soit devenu un mythe à cause de son absence prolongée plus que pour ce qu’il promet vraiment. Plus le jeu est repoussé, plus il devient sacralisé. Et plus il devient sacralisé, plus chaque silence de l’équipe de développement est interprété comme un souffle mystique.
Si vous attendez Silksong avec excitation, tant mieux. Mais si c’est seulement pour retrouver le feeling Hollow Knight ou vivre un bon jeu 2D exigeant, vous avez déjà tout ce qu’il faut sous la main. Pas besoin d’attendre un fantôme.

