Malgré quinze années de retard, un développement coûteux et une industrie en mutation, Beyond Good & Evil 2 n’a pas été annulé. Le jeu mythique d’Ubisoft, annoncé pour la première fois en 2008, reste en vie, survivant à une hécatombe de projets. Ubisoft y croit encore, contre vents et marées.
Toujours debout malgré la tempête
Alors que nombre de projets chez Ubisoft ont récemment été rayés de la carte, Beyond Good & Evil 2 continue sa route. Le remake de Prince of Persia : Les Sables du Temps, par exemple, a subi plusieurs reports avant d’être finalement gelé. Mais l’étonnante résilience du projet Beyond Good & Evil 2 intrigue. Le journaliste Tom Henderson, bien informé sur les coulisses de l’industrie, affirme que le jeu est toujours actif malgré son statut d’arlésienne.
Ce qui interpelle, c’est que nous avons affaire ici au projet ayant officiellement battu le record du plus long développement de l’histoire du jeu vidéo. Dévoilé pour la première fois en 2008, relancé lors de l’E3 2017, le jeu est devenu un symbole de l’annonce prématurée et des ambitions techniques hors de portée. Pourtant, malgré le flou entourant son gameplay, son univers, et son équipe de développement — qui a changé à de nombreuses reprises — Ubisoft ne l’a pas abandonné.

Un gouffre financier assumé
Toujours selon Henderson, Ubisoft a déjà injecté plus de 500 millions de dollars dans le développement de Beyond Good & Evil 2. C’est colossal. Pour mettre les choses en perspective, même certains blockbusters AAA récents ne dépassent pas les 200 millions. Entre l’évolution constante des ambitions créatives du jeu, les changements de moteur, les pertes de personnel et l’absence d’un véritable cap clair pendant des années, on comprend que la facture ait explosé.
Mais étonnamment, le géant français ne semble pas vouloir faire marche arrière. C’est peut-être le signe d’une foi encore intacte dans le potentiel du titre, ou bien une manière d’assumer l’enlisement en espérant rentabiliser un jour ce chantier aux allures de mirage.
Ubisoft compte visiblement sur les promesses initiales du jeu pour créer l’événement. Lors de sa présentation à l’E3 2017, le projet faisait rêver : voyage spatial, exploration planétaire, univers foisonnant et narrative ambitieuse. Mais aujourd’hui, difficile de savoir ce qui a réellement été gardé ou abandonné.
Un mythe devenu poids lourd
L’attente interminable a transformé Beyond Good & Evil 2 en phénomène presque culturel. Ce n’est plus seulement un jeu, c’est désormais un nom associé à l’excès, aux projets trop gros pour aboutir, et au syndrome de l’annonce trop tôt. Pour autant, le fait qu’il ait survécu à une vague d’annulations internes chez Ubisoft prouve qu’il reste quelque chose là-dessous, une promesse, aussi floue soit-elle.
Pour les joueurs, cela soulève plusieurs questions pratiques :
- Le jeu sortira-t-il un jour sur cette génération de consoles, ou faudra-t-il attendre encore une nouvelle transition technologique ?
- Qu’en est-il du gameplay, alors que les tendances ont profondément changé depuis 2008 ?
- Surtout, Ubisoft saura-t-il encore capitaliser sur une licence devenue culte sans décevoir les fans du premier opus ?
Un projet à la croisée des chemins
À ce stade, Beyond Good & Evil 2 est un défi autant stratégique que créatif. Ubisoft joue gros, à la fois en termes d’image et d’investissement. L’industrie évolue vite, et les joueurs n’ont plus la patience d’attendre dix ou quinze ans pour des rêves repoussés. Si le projet devait se concrétiser, il devra offrir une expérience hors du commun pour espérer justifier son parcours chaotique.
Rien ne garantit aujourd’hui que le jeu verra le jour, mais son maintien dans les plans d’Ubisoft nous dit au moins une chose : même dans une industrie où les décisions financières priment, il reste parfois des projets que certains refusent de lâcher. Pour le meilleur ou pour le pire.
