Gabriël « Bwipo » Rau, toplaner de FlyQuest, revient en pleine lumière alors que débute la phase suisse des Worlds 2024 de League of Legends. Suspendu temporairement et retiré de l’hymne officiel du tournoi après des propos sexistes en direct, il livre un entretien sans détour à Sheep Esports. Il y aborde sa préparation écourtée, les attentes autour de son équipe et surtout, les conséquences personnelles et professionnelles de l’affaire qui l’a secoué.
Une préparation express mais assumée
FlyQuest n’a bénéficié que de neuf à dix jours de préparation avant de se rendre à Pékin, un temps très court comparé aux trois semaines habituelles de bootcamp. En cause, le nouveau format imposé cette année, qui a bouleversé le calendrier des équipes occidentales. Pour autant, Bwipo ne dramatise pas.
Selon lui, ce contretemps pourrait jouer en leur faveur sur un format à match unique. L’effet de surprise, affirme-t-il, pourrait avantager les formations moins préparées si elles parviennent à imposer leur propre lecture de la méta. Il cite en exemple la puissance inattendue de Nidalee en 2020, qui avait bouleversé l’ordre établi à l’époque.
Des scrims peu convaincants, mais de l’espoir sur scène
Bwipo se montre toutefois honnête sur les performances récentes de FlyQuest en scrims : d’après ses propres mots, il ne s’est « pas senti bon » durant ces entraînements. Mais il relativise : selon lui, la sensation sur scène reste bien plus décisive à ce niveau de la compétition. L’important est donc de garder confiance et d’aborder chaque match avec détermination, en misant sur l’adaptation en temps réel plutôt que sur la seule théorie.
Il tempère également la situation de son remplaçant İbrahim « Gakgos » Samet Bulut, officiellement nommé dans l’effectif. D’après ses propos, Gakgos ne participera pas aux scrims et ne devrait pas entrer en scène. Sa présence à Pékin est avant tout formatrice, destinée à le familiariser avec l’univers du très haut niveau en anticipation de futures échéances.
Retour sur la suspension : “J’ai failli tout perdre”
Dans la partie la plus délicate de l’interview, Bwipo revient en détail sur ses propos sexistes tenus en direct et qui lui ont valu de lourdes sanctions. Il admet avoir envisagé le pire, craignant que sa participation aux Worlds soit définitivement compromise. Il se montre reconnaissant envers FlyQuest pour l’avoir soutenu, tant humainement qu’au sein de l’organisation.
Il reconnaît également une erreur de fond dans sa manière d’exprimer ses idées. “Je ne peux pas juste penser à voix haute comme si je discutais avec moi-même”, confie-t-il, expliquant avoir pris conscience de sa responsabilité en tant que personnalité publique. Il assume ses paroles et considère cette épreuve comme une leçon sur le professionnalisme.
“C’était une très mauvaise prise de position”, déclare-t-il avec regret. “Je suis désolé d’avoir mal représenté la LTA” (League of Legends Tournament Americas). Il ajoute que ses actions ont pu nuire à son image, à celle de son équipe, et à celle de sa région au sein d’un événement planétaire comme les Worlds.
Une maladresse supplémentaire, mais un mea culpa clair
L’interview se poursuit sur une autre déclaration polémique, faite après la finale. Bwipo avait alors affirmé que “les haters auront leur chance aux Worlds” : une phrase mal perçue, que le joueur dit aujourd’hui regretter. Selon lui, elle traduisait une frustration mal exprimée et un manque de discernement.
Il tient à distinguer clairement critiques constructives et haine gratuite. “Je respecte les fans critiques”, affirme-t-il, tout en reconnaissant qu’il n’aurait jamais dû amalgamer ses supporters et ses détracteurs. Il remercie d’ailleurs sincèrement les fans qui continuent de le suivre, admettant qu’ils ne méritent en retour que du respect et de la reconnaissance.
Un moment fort malgré tout
Malgré les polémiques et les erreurs, Bwipo ne cache pas son enthousiasme à l’approche des matchs. Il décrit les Worlds comme un rendez-vous intense, gravé dans le parcours de tout compétiteur. Il conclut sa prise de parole par une nouvelle série d’excuses, cette fois spécifiquement adressées aux fans d’Amérique, à ses coéquipiers et à la scène LTA dans son ensemble.
Il regrette profondément d’avoir été retiré de l’hymne officiel des Worlds et espère que ses actes ne continueront pas à nuire aux siens. “Je suis désolé pour ce que mes paroles ont causé”, répète-t-il, visiblement décidé à faire amende honorable, sur scène comme en dehors.

