Casinos en ligne comment des dizaines de sites interdits défient les autorités françaises

Casinos en ligne: comment des dizaines de sites interdits défient les autorités françaises

Une enquête de franceinfo/francetv révèle l’ampleur d’un marché noir qui échappe largement au contrôle de l’État. Malgré une interdiction claire, des dizaines de plateformes continuent de cibler activement les joueurs français, en s’appuyant sur des licences étrangères et des stratégies marketing à la limite de la légalité.

Un marché illégal en pleine expansion

En France, les casinos en ligne sont totalement interdits : seuls les paris sportifs, hippiques et le poker bénéficient d’un agrément délivré par l’Autorité nationale des jeux (ANJ). Pourtant, selon une étude du cabinet PwC commandée par l’Afjel, 5,4 millions de joueurs français ont fréquenté au moins une fois un casino virtuel illicite en 2025, une hausse de 35 % en deux ans. Ce chiffre dépasse désormais le nombre de joueurs sur le marché légal.

Des joueurs à risque particulièrement ciblés

Le constat le plus alarmant concerne le profil des utilisateurs touchés. Selon l’étude PwC, 79 % du chiffre d’affaires des casinos interdits était généré en 2023 par des joueurs ayant une pratique à risque, et deux joueurs sur trois sur ces plateformes présentent une pratique excessive ou pathologique du jeu. Plus inquiétant encore : plus de 80 % des joueurs ignorent même que le site sur lequel ils jouent est illégal.

La mécanique du contournement : licences offshore et influenceurs

Comment ces plateformes parviennent-elles à opérer malgré l’interdiction ? La réponse tient en un mot : le contournement juridique. Les sites de casinos en ligne achètent une licence à l’étranger, très souvent délivrée par Curaçao, un État autonome membre du royaume des Pays-Bas, pour se présenter comme légaux à l’échelle internationale.

L’inscription y est volontairement simplifiée à l’extrême : l’âge du joueur n’est pas vérifié, une simple case à cocher suffisant à garantir qu’il a plus de 18 ans.

Ces plateformes s’appuient aussi sur des influenceurs peu scrupuleux, souvent installés à Malte pour échapper aux sanctions françaises, qui font la promotion de ces sites tout en rappelant, brièvement et à l’oral seulement, leur interdiction sur le territoire français.

Bonus démesurés et publicité agressive

L’Afjel dénonce des pratiques marketing jugées particulièrement agressives : des bonus de bienvenue pouvant atteindre 4 000 euros, une présence massive sur les réseaux sociaux, le sponsoring d’équipes sportives et une manipulation des moteurs de recherche pour valoriser artificiellement l’offre illégale.

L’affaire Neymar, qui avait perdu un million d’euros en direct sur Twitch sur un casino en ligne en 2023, illustre la banalisation de ces pratiques, pourtant illégales si elles se déroulaient depuis la France.

Une riposte judiciaire encore limitée

Face à ce phénomène, l’ANJ dispose depuis 2022 d’un pouvoir de blocage administratif des sites illégaux, sans passer systématiquement par un juge.

Mais dans les faits, cette arme montre ses limites : selon Frédéric Guerchoun, directeur juridique de l’ANJ, « lorsque vous avez fait bloquer un site, il n’est pas rare qu’il réapparaisse peu après sous un nouveau nom de domaine », faute d’une coopération judiciaire internationale suffisamment efficace.

Une opération plus musclée a toutefois permis, fin 2025, le démantèlement d’un casino en ligne illégal par le Service central des courses et des jeux, en coopération avec Europol.

La plateforme aurait généré près d’un milliard d’euros depuis 2020, et son principal dirigeant aurait perçu jusqu’à 70 000 euros par mois. L’affaire avait été déclenchée par un signalement de l’ANJ au parquet de Paris dès juillet 2024.

Vers une légalisation pour reprendre le contrôle ?

Face à l’ampleur du phénomène, un produit brut de jeu illégal estimé à 2 milliards d’euros en 2025, en hausse de 25 % par rapport à 2023, l’Afjel plaide désormais pour une légalisation encadrée des casinos en ligne, afin de mieux les contrôler. Le gouvernement avait envisagé cette option fin 2024 via un amendement au budget, avant de le retirer temporairement, laissant le débat ouvert.

Ce qu’il faut retenir

  • Les casinos en ligne restent totalement interdits en France, seuls paris sportifs, hippiques et poker sont autorisés.
  • 5,4 millions de joueurs français ont fréquenté un casino illégal en 2025, en hausse de 35 % en deux ans.
  • 79 % du chiffre d’affaires de ces sites provient de joueurs à pratique à risque.
  • Les plateformes contournent la loi via des licences offshore (Curaçao) et des influenceurs basés à Malte.
  • Un casino illégal ayant généré près d’un milliard d’euros a été démantelé fin 2025 avec l’aide d’Europol.
  • Une légalisation encadrée est de nouveau à l’étude pour reprendre le contrôle du marché.

Théo Lefebvre

J'ai toujours été attiré par l'univers des jeux de plateau. Que ce soit pour un jeu stratégique qui dure des heures ou un petit jeu d'ambiance pour rire entre amis, je suis toujours partant. J'ai même eu l'opportunité de créer et de publier quelques-uns de mes propres jeux localement.

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