Avec son sacre comme « Jeu de l’année » aux Game Awards 2025, Clair Obscur : Expedition 33 a marqué une réussite majeure pour Sandfall Interactive, jeune studio français venu de nulle part. Mais ce même triomphe a aussi déclenché une vive polémique autour des distinctions réservées aux jeux « indépendants ».
Le faux-semblant de l’indépendance
Le cœur de la controverse repose sur la nomination de Clair Obscur dans les catégories « Meilleur jeu indépendant » et « Meilleur premier jeu indépendant ». Aux yeux de nombreux joueurs, ce positionnement posait problème. Pourquoi ? Principalement à cause de la patte visuelle du jeu, clairement haut de gamme, et de son budget estimé à environ 10 millions de dollars. Autrement dit, on est loin du petit projet bricolé dans un garage. Résultat, une partie de la communauté a rapidement qualifié Clair Obscur de jeu « Triple-i », cette appellation utilisée pour désigner des titres indépendants aux moyens quasi AAA, mais sans l’étiquette des gros éditeurs derrière.
Le studio Sandfall n’a pas éludé la critique. Guillaume Broche, son co-fondateur, a reconnu que le style graphique et les ambitions du jeu pouvaient brouiller les pistes. Selon lui, la frontière entre indépendants « pur jus » et ces nouveaux indépendants dopés aux gros moyens devient de plus en plus difficile à tracer.

Un projet aux racines réellement indés
Tom Guillermin, responsable de la programmation chez Sandfall, tient à remettre les choses dans leur contexte. Selon lui, Clair Obscur est bel et bien né comme un vrai projet indépendant. Le développement a débuté avec peu de moyens et une petite équipe, avant de prendre de l’ampleur en cours de route. C’est cette dynamique organique qui, selon Guillermin, justifie la nomination au titre de jeu indépendant.
Il évoque aussi d’autres cas qui ont fait débat dans le passé. Death Stranding par exemple, considéré comme un jeu indépendant par certains, malgré le nom de Hideo Kojima aux commandes et un budget à faire pâlir un studio classique. En comparaison, des jeux comme Hades 2, Hollow Knight Silksong ou les plus modestes :
- Dispatch
- Absolum
- Blue Prince
collent davantage à la définition traditionnelle de l’indé.
Un moment de succès, teinté de lucidité
Malgré la reconnaissance obtenue, Guillaume Broche n’esquive pas la remise en question. Il affirme sans détour qu’il aurait préféré voir cette récompense revenir à un studio plus modeste. Une déclaration qui prouve que chez Sandfall, on a conscience d’occuper une zone grise du paysage vidéoludique. C’est aussi l’occasion, pour le secteur dans son ensemble, de questionner des catégories qui ne reflètent plus toujours la réalité des productions.
Cette polémique relance donc un débat essentiel : dans un marché en évolution rapide, qu’est-ce qu’un jeu indépendant aujourd’hui ? Et surtout, à qui doivent aller ses trophées ?
