Clair Obscur

Clair Obscur divise les joueurs : faut-il croire au RPG le plus nommé des Game Awards ?

Clair Obscur: Expedition 33 vient d’entrer dans l’histoire des Game Awards en cumulant 12 nominations, un record absolu qui surpasse The Last of Us Part 2 et God of War Ragnarok. Ce raz-de-marée de reconnaissances s’est vite accompagné d’un débat houleux entre passionnés, entre chefs-d’œuvre proclamé et critique virulente.

Un raz-de-marée de nominations comme on en a rarement vu

Personne ne s’attendait à ce que Clair Obscur: Expedition 33 rafle autant de nominations. Douze au total, dans quasiment toutes les catégories majeures : Jeu de l’année, Meilleure direction de jeu, Meilleure performance (avec trois acteurs différents en lice), Meilleure direction artistique, Meilleure bande-son et musique, Meilleur design sonore, Meilleur scénario, Meilleur jeu indépendant, Meilleur premier jeu indépendant, et Meilleur jeu de rôle. En gros, une omniprésence qui renvoie même les mastodontes type Naughty Dog ou Santa Monica Studio au rang de spectateurs.

Le studio français Sandfall Interactive, épaulé par Kepler Interactive à l’édition, signe ici son tout premier jeu, sorti en avril 2025 sur PlayStation, Xbox et PC. Autrement dit, une production indépendante qui joue dans la cour des grands. C’est suffisamment rare dans le paysage actuel pour être salué.

Les critiques s’emballent… mais tout le monde n’adhère pas

Évidemment, un score pareil a déclenché une salve de commentaires sur les réseaux et les forums. D’un côté, des joueurs qui s’inclinent face à la direction artistique sombre et européenne, à l’univers radicalement différent et aux personnages marquants comme Gustav, Maelle ou Verso. De l’autre, une partie de la communauté beaucoup plus sceptique.

Plusieurs reprochent au titre un gameplay répétitif, un système de combat figé qui manque d’évolution au fil de l’aventure, et des ajustements techniques bancals sur certaines versions consoles, notamment sur Xbox Series S. Certains vont jusqu’à dire qu’un tel niveau de récompenses frôle l’exagération totale pour un jeu qui, selon eux, jouerait davantage sur l’émotion que sur les mécaniques pures.

Clair Obscur: Expedition 33

Une démarche artistique qui divise mais interpelle

Là où beaucoup de productions indépendantes peinent à affirmer une identité forte, Clair Obscur mise sur l’atmosphère au premier plan. Sa direction artistique évoque une Europe décadente et onirique, presque entre du Benoît Sokal et du Moebius sous acide. Le résultat est inégal mais marquant, à mille lieues des open world actuels.

Son système de combat au tour par tour s’inspire du JRPG japonais mais enchaîne les idées personnelles : attaques rythmiques, éléments narratifs intégrés dans les menus, et mise en scène théâtrale ou grotesque. On n’aime pas forcément les choix faits, mais difficile de leur reprocher de manquer d’audace.

Un héritier spirituel des Final Fantasy les plus marquants ?

Là où le débat devient passionné, c’est dans les comparaisons. Pour beaucoup de joueurs et certains journalistes spécialisés, Clair Obscur rappelle l’impact de Final Fantasy 7 ou 10 à leur sortie. Non pas pour son budget – bien moindre – mais pour sa capacité à réécrire les codes du RPG tout en s’appuyant sur ses racines.

On retrouve ce mélange entre moments intimes, enjeux épiques et lourdeur des thèmes abordés : mort, sacrifice, solitude. Loin d’être un simple pastiche, le jeu s’approprie ces éléments pour les faire résonner avec une sensibilité contemporaine. Là encore, ça peut ne pas plaire à tout le monde, mais ça ne laisse pas indifférent.

Quelques points clés qui expliquent cette pluie de nominations :

  • Des performances d’acteurs marquantes, notamment dans les scènes de rupture ou de révélation
  • Une bande-son signée par des compositeurs émergents européens, qui flirte entre opéra tragique et électro minimaliste
  • Un rythme de narration atypique, entre fragments de souvenirs, exploration contemplative et dialogues à choix moraux
  • Une écriture dense, parfois amphigourique mais qui tente de traiter ses personnages avec humanité
  • Une direction artistique qui ose l’épure autant que le grotesque, rares dans le RPG occidental

Un jeu qui bouscule les standards du RPG

Pour résumer, on est face à un RPG qui cherche clairement à sortir du moule habituel. Si l’on peut débattre de son exécution sur certains aspects — la répétitivité de certaines boucles de gameplay ou la gestion de la difficulté — on ne peut pas ignorer l’ambition évidente du projet.

Clair Obscur ne fait pas l’unanimité, mais il provoque quelque chose. Et c’est probablement pour ça qu’il sera un marqueur de cette année 2025, pour le meilleur ou pour le pire. Les Game Awards ont peut-être simplement cristallisé ce que le jeu vidéo indépendant peut encore produire de plus radical. Franc, imparfait, mais audacieux jusqu’au bout.

Lucas Durand

Depuis mon plus jeune âge, je suis un inconditionnel des jeux vidéo. Que ce soit des classiques de l'ère 8-bits ou les dernières sorties AAA, je suis toujours à la recherche de la prochaine grande aventure vidéoludique. Ayant été testeur pour un magazine de jeux vidéo, j'ai une vision à la fois analytique et passionnée des jeux que j'aborde.

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