Un crâne d’insecte volant, une influenceuse alien, un tueur en série dans votre tête… Bienvenue dans Hotel Barcelona, le dernier délire de SWERY et SUDA51. Ce roguelite en 2.5D surprend autant par son ambiance barrée que par ses mécaniques tordues. Reste à voir si le gameplay suit derrière l’esthétique atypique.
Une quête de vengeance dans un hôtel pas comme les autres
Dans Hotel Barcelona, on incarne Justine, une marshal fédérale décidée à venger l’assassinat de son père par une sorcière. Pas franchement un pitch inédit, mais l’univers autour transforme cette histoire classique en une expérience déboussolante. Justine est possédée par l’esprit de Dr. Carnival, un tueur en série. Ils se chamaillent souvent, questionnent leurs choix et apportent quelques moments de réflexion bienvenue. On oscille sans cesse entre remarques glaçantes, délires absurdes et clichés de série B.
L’hôtel sert de hub central et donne accès aux différents niveaux. À chaque tentative, on choisit une combinaison d’équipement : une arme de mêlée, une arme à feu et un trio de « conditions spéciales » qui modifient la partie (taille du perso, comportement des ennemis, puissance des armes…). Des choix qui impliquent souvent plus qu’un simple boost ou malus. En cas d’échec, on perd les matériaux récoltés, mais on garde l’argent pour renforcer son équipement sur le long terme via un arbre de compétences.
Une mécanique qui régale : les fantômes slasher
L’une des idées les plus originales, c’est le système Slasher Phantoms. À chaque run, l’équipement et les mouvements de Justine sont enregistrés. Lors de la tentative suivante, ces « échos » apparaissent sous forme de fantômes qui répliquent vos actions passées. Jusqu’à quatre fantômes peuvent combattre à vos côtés, ce qui permet petit à petit de faire pencher la balance.
Ce système donne une vraie sensation de progression, même quand on échoue. Se battre avec ses anciennes versions ajoute aussi un côté tactique intéressant. En revanche, cette mécanique met parfois le jeu à rude épreuve, avec des chutes de framerate et des temps de chargement bien longs à digérer.
Du sang partout et jamais s’arrêter
La jauge Blood Splatter pousse à l’agressivité constante. En infligeant des dégâts, elle se remplit et débloque des bonus qui renforcent Justine. Une fois pleine, elle permet une attaque spéciale destructrice. Mais attention, elle décroît très vite dès qu’on arrête de taper, qu’on prend des coups ou qu’on touche de l’eau.
Ce système incite à rester en mouvement, à ne jamais camper et à prendre des risques. Combiné au level design parfois chaotique et aux ennemis punitifs, il garantit une tension permanente. Rester passif, c’est mourir. Et vite.
Choix tactiques et hasards frustrants
Entre chaque niveau, on choisit une porte. Chaque porte apporte son propre type de bonus — soin, vitesse, puissance — mais change aussi la manière dont les anciens fantômes viendront vous soutenir. Certaines portes précises garantissent leur apparition, d’autres non. Ce système pousse à bâtir une stratégie à chaque embranchement, quitte à renoncer à une amélioration intéressante pour booster les renforts.
Par contre, le système d’amélioration initial basé sur un mini-jeu de hasard casse un peu le rythme. Il coûte cher et les résultats sont très incertains. Même si la logique narrative (des joutes télévisées mises en scène comme une loterie à la sauce gore) colle bien à l’univers du jeu, en pratique, c’est un frein plus qu’un plaisir. Pareil pour le déblocage des costumes alternatifs, totalement aléatoire à travers des coffres disséminés.
Un online intriguant mais pas encore éprouvé
Hotel Barcelona propose une fonction d’invasion de mondes : on peut rejoindre la partie d’un autre joueur pour l’aider… ou l’affronter. L’idée rappelle les Souls et ouvre la voie à des runs moins solitaires. Malheureusement, cette fonction multijoueur n’a pas pu être testée lors de la phase de pré-lancement. Difficile donc de dire si ce sera, à terme, un gadget ou un vrai plus stratégique.
Ambiance bien barrée, gameplay plus raide
Visuellement, on est dans un mélange de pixel art soigné et d’animations en 2.5D volontiers grotesques. Gore, surréaliste, drôle parfois malgré lui, Hotel Barcelona rend hommage à tout un pan du cinéma d’horreur de série Z. Et la bande-son, bien servie par des voix doublées réussies (la VO japonaise en particulier), renforce ce style unique.
Mais passé la folie ambiante, reste un gameplay assez rigide. Justine n’est pas très fluide à la manette. Elle est lourde, peine à esquiver, et le moindre faux pas peut coûter cher. Les ennemis font très mal, surtout au début où notre arsenal est limité. Le système de progression met du temps à se débloquer et impose une bonne dose de patience.
Côté technique, en une dizaine d’heures de jeu, quelques crashes sont venus ternir l’expérience, ainsi que des ralentissements dans les zones intenses. Rien de dramatique heureusement, grâce à un système de sauvegarde automatique efficace.
Un scénario absurde qui accroche quand même
Le scénario avance petit bout par petit bout, souvent entre deux morts. Les dialogues entre Justine, Dr. Carnival et d’autres protagonistes sont bien écrits et interprétés, avec des séquences bien barrées. La trame de vengeance n’invente rien mais elle est suffisamment pimentée par l’ambiance pour tenir en haleine.
Ce qui manque, en revanche, c’est plus de interactions dans l’hôtel lui-même. Mis à part choisir sa mission et acheter des améliorations, les possibilités sont très limitées. Dommage, car avec un tel univers, on aurait aimé explorer plus en profondeur la vie étrange de ses résidents.

