Larian Studios a récemment jeté un pavé dans la mare en annonçant travailler sur l’intégration de l’intelligence artificielle dans le développement de son prochain jeu. Si le studio assure que l’IA ne sera pas utilisée pour générer le contenu final, cette déclaration a tout de même déclenché une vague de réactions dans le petit monde du jeu vidéo.
Larian ouvre la porte à l’IA, mais à petite dose
Ce n’est pas la première fois qu’un studio évoque ses expérimentations avec l’intelligence artificielle, mais quand c’est Larian, le créateur encensé de Divinity: Original Sin et Baldur’s Gate 3, forcément, ça ne passe pas inaperçu. Le studio a tenu à clarifier rapidement ses intentions : il ne s’agit pas ici de remplacer des artistes ou des scénaristes par des algorithmes, mais bien d’alléger la charge sur certaines tâches techniques, souvent répétitives. Concrètement, Larian envisage l’IA pour le nettoyage de données issues de la capture de mouvement ou le reciblage automatique de cette même animation sur différents modèles. Des étapes chronophages, mais essentielles dans un projet ambitieux.
La maladresse, selon certains observateurs, viendrait surtout de la communication initiale autour du sujet. Les mots ont leur poids, surtout dans un contexte aussi clivant que celui de l’IA générative.
Un soutien mesuré d’autres figures de l’industrie
Adrian Chmielarz, PDG du studio The Astronauts (connu pour The Vanishing of Ethan Carter et actuellement en développement sur Witchfire), a pris la parole pour offrir un contrepoint. Il affirme que Larian est probablement tombé dans un piège de communication, mais qu’il ne perçoit rien de malveillant dans leur démarche. Selon lui, le studio semble sincèrement se questionner sur les implications de ces technologies et explore prudemment les possibilités.
Chmielarz explique d’ailleurs que son propre studio n’intègre aucun outil d’IA dans le développement de Witchfire et n’a pas l’intention de le faire à court terme. Il reconnaît néanmoins que cette position pourrait ne pas durer éternellement. Car si l’IA venait à offrir des gains significatifs, notamment dans la création de visuels conceptuels, il deviendrait difficile de faire l’impasse. « Chaque studio devra choisir sa propre ligne », affirme-t-il.
Du côté de Warhorse Studios, le ton est un peu plus pragmatique. Daniel Vávra, le fondateur du studio derrière Kingdom Come: Deliverance, admet que l’IA soulève des inquiétudes légitimes, particulièrement sur la génération d’art et de texte. Mais il insiste sur un fait : cette technologie ne disparaîtra pas, et refuser de l’examiner reviendrait à s’aveugler. Pour les petites équipes aux ambitions techniques élevées, l’IA pourrait devenir une aide précieuse.

Chez CD Projekt Red aussi, on parle « productivité »
Le sujet n’est pas resté cantonné aux studios indépendants. Michał Nowakowski, le tout nouveau coprésident de CD Projekt Red, a récemment indiqué que l’IA est bel et bien utilisée en interne. Là encore, aucun remplacement de personnel en vue, mais une optimisation dans les processus de production. Pour un studio qui jongle avec plusieurs projets AAA, la promesse de gains d’efficacité semble trop intéressante pour être ignorée.
Le débat reste ouvert, mais certains signaux sont clairs. L’IA dans le jeu vidéo n’est plus une perspective abstraite. C’est une réalité concrète, certes encore au stade expérimental pour beaucoup, mais qui pousse les développeurs à sortir du bois et à assumer leurs choix.
Des lignes qui bougent dans toute l’industrie
Aujourd’hui, les studios n’ont plus vraiment le luxe de rester dans le flou quand il s’agit de technologies aussi sensibles. Face à une communauté de joueurs très attentive, parfois méfiante, une transparence accrue devient indispensable. Et au-delà des discours, ce sont les usages réels qui seront scrutés.
Ce débat met en lumière plusieurs visions complémentaires de l’IA dans le jeu vidéo :
- Un outil d’appoint pour les tâches techniques répétitives (capture de mouvement, nettoyage de données)
- Un levier potentiel d’efficacité pour les petites équipes aux gros projets
- Une aide à la préproduction artistique, pour proposer rapidement des concepts visuels
- Une frontière encore floue entre gain de productivité et risque de déshumanisation du processus créatif
L’IA ne remplacera pas demain la patte d’un bon directeur artistique ou le sens du rythme d’un level designer, mais son influence va sans doute grandir. Ce qui se joue aujourd’hui, c’est la manière dont cette transition technologique sera accompagnée. Et Larian, dans ce contexte, a eu le mérite de poser clairement le sujet sur la table.
