Hironobu Sakaguchi

Départ de Sakaguchi : comment Square Enix a évité la catastrophe en 2003

Le départ de Hironobu Sakaguchi de Square Enix en 2003 a bien failli couler l’entreprise. C’est ce qu’a révélé Nobuo Uematsu, compositeur emblématique de la saga Final Fantasy, dans son propre podcast. L’ambiance interne à cette époque était selon lui apocalyptique, une pagaille telle qu’elle l’a poussé à envisager, puis concrétiser, son propre départ.

Une entreprise au bord de la rupture

D’après les mots d’Uematsu, le départ de Sakaguchi a été un véritable électrochoc pour la structure interne de Square. L’organisation semblait soudain vidée de son énergie, désorientée, comme privée de son capitaine. Dans son podcast “NOBIYO To Isshoni”, Uematsu confie avoir ressenti un profond malaise tant l’entreprise semblait en perte de repères. Il évoque ce moment comme une période où tout s’est « effondré d’un coup », une expression forte qui en dit long sur l’impact qu’avait Sakaguchi au sein du studio.

Ce climat délétère a même eu raison d’Uematsu lui-même, qui quitte finalement Square Enix en 2004, un an après son ami. Ce moment marque un tournant, l’un des plus critiques de l’histoire de la société, car elle perdait en un temps très court deux de ses piliers créatifs les plus emblématiques : le père de Final Fantasy et son compositeur fétiche.

La fin d’une époque déjà fragile

Il faut dire que Square traversait déjà une passe délicate à ce moment-là. Final Fantasy: Spirits Within, le film qui devait propulser la licence au cinéma, s’est révélé être un gouffre financier. Avec une production estimée à 137 millions de dollars pour des recettes de seulement 85 millions, l’échec résonnait douloureusement dans les comptes. Le retard de Final Fantasy X sur PlayStation 2 compliquait les choses, limitant les rentrées d’argent à un moment où l’entreprise en avait cruellement besoin.

C’est dans ce contexte fragile que Sakaguchi quitte le navire. Pour Uematsu, c’est lui qui tenait l’entreprise à bout de bras par son charisme, son leadership naturel et sa vision claire pour la franchise. Il parle de Sakaguchi comme d’un point d’ancrage, quelqu’un qui, même lorsqu’il ne prenait pas directement part au développement d’un jeu, imposait une direction ou un état d’esprit auquel les équipes se raccrochaient.

Hironobu Sakaguchi

Mistwalker et le reste de l’histoire

Après son départ, Sakaguchi fonde Mistwalker en 2004, un studio indépendant où il reprend la main sur des projets plus personnels. La Xbox 360 hébergera plusieurs de ses nouveaux titres, dont :

  • le très apprécié Blue Dragon
  • le poignant Lost Odyssey
  • ou plus récemment Fantasian: Neo Dimension, salué pour son style visuel unique

Mistwalker n’a peut-être pas atteint la reconnaissance globale de Square Enix, mais ses œuvres ont marqué les joueurs attachés à la patte narrative et émotionnelle des anciens Final Fantasy.

Au fil des ans, Square Enix a finalement réussi à se redresser, renouant avec des succès critiques et commerciaux grâce à des titres phares comme Final Fantasy XIV, Final Fantasy XV ou Final Fantasy VII Remake. Mais l’empreinte laissée par Sakaguchi continue de planer sur chaque nouvel épisode. Et la question reste entière : à quoi ressemblerait Final Fantasy aujourd’hui si son créateur n’avait jamais quitté le studio ?

Ce départ précipité, doublé d’un contexte financier compliqué, aurait pu enterrer la franchise à l’époque. Le fait que Square Enix soit encore debout aujourd’hui tient presque du miracle, ou du moins d’un effort de réinvention majeur qu’il ne faut pas sous-estimer. Mais ce témoignage de Nobuo Uematsu rappelle, si besoin était, que certains talents sont difficiles à remplacer, même dans une aussi grosse machine que Square Enix.

Lucas Durand

Depuis mon plus jeune âge, je suis un inconditionnel des jeux vidéo. Que ce soit des classiques de l'ère 8-bits ou les dernières sorties AAA, je suis toujours à la recherche de la prochaine grande aventure vidéoludique. Ayant été testeur pour un magazine de jeux vidéo, j'ai une vision à la fois analytique et passionnée des jeux que j'aborde.

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