Dans l’univers dense et foisonnant de Baldur’s Gate 3, les divinités occupent une place centrale, souvent en toile de fond. Mais un nom plane au-dessus de tout ce panthéon : Ao. Théoriquement tout-puissant, il impose à ses congénères une règle majeure, pourtant allègrement bafouée au fil du jeu.
Le dieu au-dessus des dieux… qui laisse tout passer
Dans la cosmologie des Royaumes Oubliés, Ao est le souverain ultime, même au-dessus de Mystra, déesse de la magie, ou Selune, déesse de la Lune. C’est lui qui, après le Temps des Troubles dans lore de Donjons & Dragons, a instauré une règle : les dieux n’ont plus le droit d’interférer directement dans les affaires mortelles. Une forme d’embargo divin imposé pour rétablir un certain équilibre.
Ce principe explique l’absence apparente des grandes puissances cosmiques face à la menace du Netherbrain dans Baldur’s Gate 3. Aucun dieu ne descend du ciel pour intervenir, chacun préférant agir en sous-main via prophètes, champions ou élus. Un moyen pour les scénaristes de justifier un monde livré à lui-même, sans incohérence apparente.
Mais à y regarder de plus près, cette règle n’est respectée qu’en surface.
Mystra, bien plus qu’une simple tutrice magique

Le cas le plus frappant de transgression divine est celui de Gale. Ce magicien ambitieux, marqué par le pouvoir destructeur d’un artefact, est clairement dans le champ d’attention de Mystra. Et pas qu’un peu : elle entame avec lui une véritable histoire d’amour.
Cet aspect du personnage, confirmé par plusieurs dialogues dans le jeu et largement discuté sur Reddit, montre bien que la déesse de la magie s’est attachée émotionnellement à Gale — allant jusqu’à nouer une relation physique avec lui, ce qui, selon les règles établies par Ao, constitue une infraction directe.
Non seulement elle s’implique dans son destin, mais elle semble surtout passer outre toute retenue morale imposée par sa hiérarchie céleste. Mystra ne guide pas Gale depuis les cieux, elle entre dans sa vie comme une amante et manipulatrice.
Selune, mère malgré elle (ou pas)
L’autre exemple marquant concerne Dame Aylin, personnage clé de l’extension du scénario de l’Acte III. Officiellement, elle est décrite comme une Aasimar, c’est-à-dire une créature mi-divine. Mais les indices dans le jeu laissent peu de place au doute : Aylin est en fait une Deva, une messagère céleste immortelle, et surtout la fille de Selune.
Ce statut suggère fortement que Selune a eu une relation avec un mortel. Aylin ne présente aucun trait elfique, donc son père serait humain. Autant dire que la déesse n’a pas seulement cassé la règle de non-ingérence, elle l’a dynamitée en fondant littéralement une famille sur le plan matériel.
L’existence même d’Aylin remet donc en question l’efficacité de la surveillance exercée par Ao. Si une déesse peut se matérialiser dans le monde, tomber amoureuse, enfanter et conférer à sa fille un rôle d’élue divine, alors que fait donc l’entité suprême pendant ce temps ?
Ao, gardien de façade utilisé selon les besoins du scénario
Beaucoup de fans de Donjons & Dragons connaissent la chanson. Ao, bien qu’omnipotent sur le papier, sert avant tout d’outil narratif. Dans le lore, sa fonction est floue à dessein, ce qui le rend extrêmement pratique pour expliquer les absences ou interventions divines selon les besoins du scénario.
Autrement dit, Ao est surtout une béquille d’écriture : quand les scénaristes veulent empêcher une divinité d’agir, ils brandissent l’ombre de sa colère. Mais quand une intervention divine permet d’approfondir un arc narratif, hop, le couperet tombe ailleurs, ou pas du tout.
Dans Baldur’s Gate 3, ce tropisme scénaristique est flagrant. Les dieux n’en font qu’à leur tête, sans représailles. Pas la moindre trace de sanction ou de rappel à l’ordre. À tel point qu’on pourrait se demander si Ao existe vraiment dans ce monde ou s’il n’est qu’un mythe commode caché derrière une déité passive.
Les limites de l’autorité divine
Il faut dire que le scénario du jeu repose en grande partie sur les conflits intérieurs de mortels ayant reçu des dons ou des malédictions issus du plan divin. Des personnages comme Shadowheart ou Lae’zel se débattent avec la foi, les dogmes et les injonctions venues d’en haut. Mais rarement celles-ci prennent la forme d’une directive imposée par Ao.
Ao est partout et nulle part. Il est censé veiller à l’équilibre cosmique mais lorsqu’on analyse les événements du jeu, il apparaît comme un arbitre endormi, dont les avertissements ne sont pris au sérieux par aucun des acteurs divins. La morale : dans Baldur’s Gate 3, même les dieux ont des coups de cœur et des préférences, et celui censé les réguler regarde ailleurs… ou ferme les yeux.
