BioWare voulait donner une seconde vie à sa série Dragon Age avec une compilation remasterisée façon Mass Effect: Legendary Edition. Mais l’idée a rapidement été écartée. Selon Mark Darrah, ancien producteur exécutif du studio, l’éditeur Electronic Arts n’a montré aucun intérêt. Une occasion manquée qui soulève pas mal d’interrogations, voire un certain agacement.
EA ne voulait pas de remaster, un choix incompréhensible
Mark Darrah, qui a passé deux décennies chez BioWare, ne cache pas sa surprise : EA aurait sciemment refusé une compilation remasterisée des Dragon Age, alors même que celle de Mass Effect s’est bien vendue. Dans une interview récente, il qualifie même cette attitude d’étrange, soulignant qu’il s’agit pourtant d’une entreprise cotée en bourse. Pour lui, c’était “de l’argent gratuit” que l’éditeur aurait pu encaisser sans trop forcer.
Cette réticence face aux remasters ne date pas d’hier chez Electronic Arts. L’éditeur semble avoir toujours été frileux sur ce terrain-là, sans que l’on sache vraiment pourquoi. Le succès de Mass Effect: Legendary Edition n’a donc pas suffi à faire bouger les lignes à l’époque où la proposition de Dragon Age Remastered était sur la table.
Un projet techniquement plus casse-gueule que Mass Effect
Remasteriser Dragon Age, c’est loin d’être aussi simple que de ravaler la façade de Mass Effect. Les trois premiers volets (Origins, II et Inquisition) sont sortis sur des générations de consoles différentes, avec des moteurs graphiques distincts. Résultat : réunir tout ça dans un package cohérent s’annonce “inconnument plus difficile”, selon Darrah.
À titre de comparaison, la trilogie Mass Effect profitait d’une base bien plus homogène, avec des titres développés sur une même génération de consoles et une architecture similaire. La diversité technologique de Dragon Age complique donc plus lourdement le chantier d’un remaster digne de ce nom.
Des pistes internes jamais concrétisées
Pourtant, BioWare avait réfléchi à plusieurs manières de s’y prendre. Parmi les idées évoquées, il y avait l’envie d’utiliser les outils du moteur maison Frostbite pour recréer Dragon Age: Origins de manière plus ambitieuse, en mode remake. Si ce scénario avait été retenu, Darrah imagine que Dragon Age II aurait pu être intégré gratuitement, histoire d’offrir une vraie continuité aux joueurs. Mais refaire complètement Origins posait aussi d’autres contraintes, notamment financières.
Darrah évoque également les limites imposées par Electronic Arts, qui aurait suggéré que le projet soit financé avec les moyens internes de BioWare. En clair : pas de budget supplémentaire pour lancer la machine. Le studio ne pouvant pas tout faire à la fois, cette condition a mis fin aux discussions. À l’époque, BioWare était déjà à fond sur d’autres priorités, notamment Dragon Age: The Veilguard et le suivi de ses jeux en cours.
Darrah de retour, mais le vent ne tourne pas
Bien qu’il ait quitté BioWare en 2020, Mark Darrah est revenu en tant que consultant sur Dragon Age: The Veilguard, pour veiller au respect du lore et des fondamentaux de la série. Mais malgré ses efforts, le jeu n’a pas convaincu, ni la presse ni les joueurs. Le lancement a été tiède, les critiques sont sévères, et les ventes plafonnent à 1,5 million d’exemplaires.
Une performance bien en dessous des attentes pour un studio aussi prestigieux, surtout après le revers d’Anthem et la réception compliquée de Mass Effect: Andromeda. L’histoire semble se répéter, avec une licence qui peine à se réinventer et des décisions éditoriales discutables.
Ce refus de miser sur la nostalgie ou de capitaliser sur le solide héritage de Dragon Age avec une édition remasterisée est d’autant plus difficile à comprendre qu’elle aurait sans doute permis de relancer l’engouement autour de la série en douceur, notamment auprès des fans de la première heure. Pour BioWare, c’est clairement une opportunité manquée.

