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Joueuses sous-estimées ? Voici pourquoi filles et garçons jouent pareil en 2024

Les joueuses sont aujourd’hui presque aussi nombreuses que les joueurs et s’emparent de genres longtemps considérés comme masculins. Non, elles ne se limitent pas aux jeux « casual » et, oui, elles s’investissent autant. Pourtant, leur reconnaissance au sein de la communauté gamer reste incomplète, entre stéréotypes persistants et harcèlement fréquent.

La fracture numérique n’a plus lieu d’être

Le jeu vidéo s’est largement démocratisé. En France, près de 40 millions de personnes jouent chaque année, avec un âge moyen de 40 ans. Dans ce paysage, les femmes représentent 49 % des joueurs, soit quasiment la parité. À l’échelle mondiale, c’est la même tendance : 72 % des femmes présentes en ligne jouent à des jeux vidéo, ce qui les place à 45 % de l’ensemble des joueurs. Même les États-Unis, où les clichés ont la peau dure, comptent 46 % de joueuses, selon les données 2024 de l’ESA.

Chez les adolescents de 10 à 15 ans, les garçons restent un peu plus nombreux à jouer régulièrement : 56 % contre 44 % des filles. Mais loin de se limiter au mobile ou aux titres légers, les adolescentes se dirigent de plus en plus vers des expériences plus poussées sur consoles, touchant aussi bien aux jeux compétitifs qu’aux grands récits d’action.

Pas que Candy Crush, loin de là

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Le mobile reste une porte d’entrée populaire chez les joueuses, souvent pour des raisons d’accessibilité et de lien social. Cela s’explique aussi par des sessions plus courtes, plus faciles à intégrer dans le quotidien. Mais là encore, les lignes bougent. Une enquête Bryter de 2024 montre que les préférences des femmes vont bien au-delà du casual gaming. Voici ce que disent les chiffres :

  • 56 % préfèrent les jeux d’action-aventure
  • 49 % jouent à des FPS (shooters)
  • 47 % aiment les battle royale

On est bien loin des clichés dix ans en arrière. Ces genres, pourtant jugés « male-friendly » par défaut, attirent désormais un public féminin investi, performant et qui veut être pris au sérieux en ligne comme hors ligne.

Gameuse ou pas gameuse ?

Malgré leur passion et leur assiduité, une majorité de femmes rechignent à se définir comme « gameuses ». Un simple mot, mais qui transporte encore tout un bagage culturel. Seules 36 % des joueuses disent se reconnaitre dans ce terme, contre une grande majorité d’hommes à l’aise avec le mot « gamer ».

Pourquoi ce rejet ? D’abord, parce que le terme renvoie souvent à une figure masculine : un joueur ultra passionné, compétiteur, parfois élitiste. Ensuite, parce qu’il expose : se dire « gameuse », c’est s’affirmer dans un milieu qui, bien qu’en évolution, peut encore marginaliser celles qui sortent du silence.

Un quotidien numérique pas toujours rose

Jouer comme les garçons ne signifie pas être traitée comme eux. Le harcèlement en ligne reste un gros frein à l’épanouissement des joueuses. En 2024, 26 % d’entre elles disent avoir subi du harcèlement sexuel en ligne. Pire, 12 % déclarent avoir été menacées de viol. Des chiffres en légère baisse par rapport à 2022, mais toujours trop élevés.

Face à cette réalité, des stratégies de protection se mettent en place. Parmi les plus courantes :

  • L’usage de pseudonymes neutres
  • La désactivation du micro pendant les sessions multijoueur
  • L’évitement de certains serveurs ou types de jeux

Résultat : les femmes jouent, mais gardent parfois le silence ou optent pour l’invisibilité, pour éviter les remarques sexistes ou les comportements agressifs.

Des héroïnes enfin visibles

La représentation des femmes dans les jeux suit une trajectoire plus positive. Fini l’époque des personnages ultra sexualisés sans profondeur écrite. Aujourd’hui, les studios mettent en avant des protagonistes féminines fortes, crédibles et diversifiées. Ellie dans The Last of Us Part II ou Aloy dans Horizon Forbidden West ont marqué les esprits, autant par leur résilience que par la construction de leur personnalité.

On voit aussi émerger des femmes aux corps variés, aux origines multiples et aux histoires complexes. Une approche qui renforce le sentiment d’appartenance chez les joueuses et enrichit l’expérience de tous les joueurs, hommes compris.

L’industrie doit encore évoluer

Côté coulisses, le constat est plus contrasté. Les femmes représentent encore moins d’un quart des effectifs dans l’industrie du jeu vidéo. Si quelques studios prennent les devants en proposant des cellules inclusives et des politiques internes de tolérance zéro sur les comportements sexistes, le chemin reste long.

Pour faire avancer les choses, plusieurs leviers existent :

  • Encourager les vocations féminines dans les métiers du jeu (développement, design, narration…)
  • Créer des communautés bienveillantes et mixtes en ligne
  • Promouvoir des événements e-sport ouverts et inclusifs

Il ne s’agit pas seulement d’ajouter quelques personnages féminins ou de repeindre le marketing en rose, mais de repenser toute une culture, des studios jusqu’aux salons de jeux.

Lucas Durand

Depuis mon plus jeune âge, je suis un inconditionnel des jeux vidéo. Que ce soit des classiques de l'ère 8-bits ou les dernières sorties AAA, je suis toujours à la recherche de la prochaine grande aventure vidéoludique. Ayant été testeur pour un magazine de jeux vidéo, j'ai une vision à la fois analytique et passionnée des jeux que j'aborde.

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