Les remakes et les remasters sont devenus une norme dans le jeu vidéo. Aujourd’hui, difficile de passer une conférence sans voir revenir un ancien titre, remis au goût du jour. Si le public suit, c’est que la demande est bien réelle. Mais derrière cet engouement se cache une réalité plus nuancée et des questions qu’il serait temps de poser.
Une vague de remakes qui cartonne
Il suffit de regarder les dernières annonces pour comprendre que l’industrie ne compte pas s’arrêter là. Silent Hill 2 refait surface dans une version entièrement revue, tout comme Metal Gear Solid Delta: Snake Eater. Donkey Kong Returns revient en HD, et même Tony Hawk’s Pro Skater 3 + 4 est dans les tuyaux. Ces jeux ne sont pas de simples lifts graphiques : ils ambitionnent de réinventer ou moderniser des classiques.
Une récente étude du cabinet MTM vient quant à elle confirmer cette tendance : 90 % des joueurs ont joué à au moins un remake ou un remaster au cours de l’année écoulée. Fait encore plus marquant, beaucoup n’ont jamais mis les mains sur la version originale. Le remake devient alors un point d’entrée, parfois même jugé supérieur à son modèle.
Du neuf avec du vieux, mais à quel prix ?
Tout n’est pas si rose pourtant. Certains projets soulèvent des sourcils, à juste titre. The Last of Us Part I, refait alors que l’original tenait encore parfaitement la route sur les consoles actuelles. Rebelote avec Part II Remastered, quelques années à peine après sa sortie. Ces choix interrogent. On sent la frilosité, l’envie de sécuriser les investissements, quitte à user les licences jusqu’à la corde.
Ce manque d’audace devient de plus en plus visible. Plutôt que d’utiliser cette technologie pour redonner vie à des jeux disparus ou peu reconnus à leur époque, on préfère piocher dans les étagères les plus rentables. Résultat : seuls les gros noms tirent leur épingle du jeu. Une stratégie compréhensible, mais un peu paresseuse.
Et les jeux oubliés dans tout ça ?
C’est là que la frustration commence à pointer. Car pendant qu’on investit dans des remakes de titres déjà disponibles en 4K sur PS5, une flopée de jeux mériteraient, eux, d’avoir leur seconde chance. Des titres qui se sont plantés… mais pas pour de mauvaises idées.
Enter the Dragonfly est un bon exemple. Ce volet de la série Spyro était bourré de bugs et clairement précipité à l’époque. Pourtant, avec le bon studio derrière, comme Toys for Bob, il pourrait renaître sous une forme enfin aboutie. Même chose pour Star Fox Adventures, moqué pour s’être trop éloigné du shoot spatial. Mais avec le recul, son univers et son gameplay pourraient gagner une vraie reconnaissance. Et que dire d’un jeu comme Def Jam Rapstar ? Amateur dans la forme, mais original dans le fond. Avec un vrai budget et une vision claire, il pourrait devenir un OVNI musical culte.
On pourrait aussi imaginer d’autres remakes inattendus :
- Enclave : un action-RPG bourrin avec un vrai potentiel visuel en remake.
- Project Eden : un jeu coop/énigmes d’antan, sous-estimé, qui gagnerait à ressortir avec de meilleures bases techniques.
- XIII (le remake foiré de 2020 prouve qu’il y avait envie, reste à bien faire les choses).
L’industrie a les moyens de fouiller plus loin que les Apple Pie qu’on réchauffe à chaque génération. Ces jeux oubliés ne sont pas forcément des échecs en soi, mais des expériences mal exécutées ou lancées trop tôt. Ils méritent qu’on s’y attarde sérieusement.
Pourquoi toujours mettre les mêmes à l’affiche ?
Que ce soit par frilosité économique ou par syndrome du best-of permanent, le choix des remakes devient trop prévisible. Bien sûr, refaire un Metal Gear Solid ou un Silent Hill, ça parle tout de suite à un public large. Mais à force de rejouer toujours les mêmes partitions, on se prive d’un éventail énorme de propositions.
L’attente d’un remake ne devrait pas seulement concerner les mastodontes de la génération PS2. Et si on laissait une chance à ceux qui n’ont jamais brillé ? Si l’industrie veut vraiment explorer son héritage, alors elle doit le faire jusqu’au bout. Restaurer ce qui est tombé, pas seulement polir les statues.

