Marvel vs Capcom 3

Marvel vs Capcom 3 trop déséquilibré ? Comment maîtriser le chaos de cet anniversaire légendaire

Marvel vs. Capcom 3 fête ses 15 ans ce 18 février, et quel anniversaire. Ce crossover sorti en 2011 reste un petit miracle : 36 personnages aux petits oignons, une direction artistique qui claque et un gameplay démesuré. L’histoire d’un projet unique qu’on imagine mal reproduire aujourd’hui.

Un projet fou entre deux géants

Derrière ce mastodonte, on retrouve Ryota Niitsuma, déjà aux commandes de Tatsunoko vs. Capcom. L’homme avait pour mission de simplifier les contrôles pour toucher un public plus large, dans la droite lignée de la vision de Keiji Inafune. Le producteur historique de Mega Man, grand ponte de Capcom à l’époque, lorgnait vers l’Occident et voyait dans le succès naissant du MCU une occasion en or de séduire de nouveaux joueurs.

Sauf que le chemin n’a pas été de tout repos. Marvel avait éparpillé ses droits dans tous les sens pendant sa période noire des années 1990-2000, créant un véritable casse-tête juridique. Il a fallu attendre 2008 pour que les conflits se règlent et que la production puisse enfin démarrer. Un timing parfait, finalement, qui a permis au projet de surfer sur la vague Marvel qui commençait à déferler.

Le co-développement avec le studio Eighting s’est révélé être un choix judicieux. Cette boîte de l’ombre japonaise, habituée aux missions les plus diverses, de Pikmin 4 aux adaptations Naruto les plus ringardes, avait déjà planché sur Tatsunoko vs. Capcom. Pas forcément le meilleur artisan du secteur, mais certainement l’un des plus exubérants, capable de verser dans le grand délire sans complexe.

Marvel vs Capcom 3

Le chaos maîtrisé, ça donne ça

Côté gameplay, Marvel vs. Capcom 3 mise sur la simplicité apparente. Trois boutons d’attaque, léger, moyen, fort, plus un bouton spécial pour expulser l’adversaire en l’air et lancer les combos aériens. C’est là que ça devient dingue. Le format 3v3 avec attaques de soutien transforme chaque affrontement en véritable feu d’artifice où projectiles, changements de personnages et ultimes se mélangent allègrement.

Le système X-Factor fait partie des mécaniques les plus controversées du jeu. En pressant les quatre boutons simultanément, vous activez ce boost une fois par round pour gagner des bonus d’attaque, de vitesse et de défense. Plus vous avez de morts dans votre équipe, plus c’est violent. Votre dernier guerrier peut littéralement se transformer en mixeur à viande. Problème, le X-Factor permet aussi d’interrompre n’importe quelle attaque, étendant les combos de manière parfois abusive et ouvrant la porte à tous les vols de rounds possibles.

Capcom a tenté de rééquilibrer tout ça dans Ultimate Marvel vs. Capcom 3, avec un succès relatif. Le jeu reste fondamentalement déséquilibré, mais c’est justement ce qui fait son charme démesuré. Facile à découvrir, diablement difficile à maîtriser, surtout quand le chaos visuel bat son plein.

Une claque visuelle et sonore

La première bande-annonce du jeu reste un monument. Ryu, Chris Redfield, Dante et Morrigan face à Wolverine, Hulk, Iron Man et Deadpool, avant l’arrivée fracassante de Dormammu. Chorégraphies millimétrées, angles de caméra ambitieux qui exploitent l’animation 3D et bande-son parfaitement calibrée. Le genre de trailer qui donne envie de craquer même quand on ne connaît personne au casting.

Cette identité visuelle a largement contribué au succès populaire du titre. Les couleurs pètent la rétine, mais la clarté reste au rendez-vous grâce aux silhouettes bien délimitées. L’animation en jeu suit la même philosophie spectaculaire, supportée par une bande-son de haute volée qui revisite les thèmes cultes de chaque franchise ou propose des compositions originales pour les héros Marvel.

D’un point de vue compétitif, le jeu a tenu la route jusqu’en 2017 à l’EVO. Impossible de masquer son déséquilibre absolu avec la domination sans partage de Zero, Vergil et Dr. Doom, ce dernier restant incontournable grâce à ses missiles à tête chercheuse. Mention spéciale au chilien Kane Blueriver, champion EVO 2015 avec sa triplette improbable Hulk, Sentinel, Haggar qui n’avait statistiquement aucun sens mais qu’il a pilotée avec un brio exemplaire.

Le casting de la démesure

36 personnages au lancement, mais combien sont restés sur le carreau ? La liste des refoulés donne le vertige. Les Quatre Fantastiques devaient initialement être de la partie, mais Capcom s’est cassé les dents sur les effets visuels de la Torche Humaine, trop gourmands techniquement. Marvel a sauvé la mise en proposant le Super-Skrull, qui réunit tous leurs pouvoirs.

Problèmes techniques encore pour l’Homme-multiple et ses clones, Cloak et Dagger, Dr. Octopus, le Surfer d’Argent ou Fou-Lu de Breath of Fire. D’autres ont été écartés par crainte de redondance avec le casting existant : Veuve Noire, The Hood, Captain Marvel, Blade, le Caïd ou Spider-Woman.

Ultimate Marvel vs. Capcom 3 devait inclure huit personnages supplémentaires avant d’être raboté par le séisme de mars 2011. Luke Cage et Jon Talbain sont restés dans les cartons. Gill de Street Fighter III, trop grand et rapide, a été remplacé par Nemesis. Spider-Man Miles Morales était visé par les deux camps, mais son arrivée dans les comics en août 2011 l’a sorti de course pour une question de timing. Emma Frost a finalement cédé sa place à Jean Grey, jugée plus intéressante gameplay.

La scène modding s’est emparée de cette frustration pour créer des projets colossaux comme Ultimate Marvel vs. Capcom 3 Community Edition, qui rassemble 68 personnages créés par 12 moddeurs différents. Du travail de titan qui ressuscite des vétérans de Marvel vs. Capcom 2 et introduit des nouveaux venus comme Nero de Devil May Cry 5.

Une capsule temporelle unique

Aujourd’hui, Marvel vs. Capcom 3 fait figure de véritable capsule temporelle. Un produit qui ne pouvait naître qu’aux prémices du MCU, quand Marvel revenait en force sans encore avoir serré la vis sur ses partenaires. Avant la guerre ridicule entre Marvel et Fox autour des Quatre Fantastiques et X-Men, qui a poussé la Maison des Idées à tout centrer sur le MCU.

Cette politique restrictive explique en grande partie l’échec de Marvel vs. Capcom Infinite en 2017. Visuels ratés mis à part, le camp Marvel ressemblait surtout à une bannière promotionnelle pour les derniers films, empilant Veuve Noire, Soldat de l’Hiver et Gamora sans volonté de diversifier vraiment le casting.

Ce titre reste particulier dans mon parcours de joueur. Là où Street Fighter 2 m’avait éveillé à la beauté mécanique des jeux de combat, Marvel vs. Capcom 3 m’a définitivement attiré dans les filets du genre grâce à sa générosité et sa joie communicative. Une gifle mémorable à la Paris Games Week 2010 sur un stand modeste où peu de monde traînait.

Premier jeu à me donner envie de jouer en ligne, quitte à claquer dix euros par mois dans l’abonnement Xbox Live Gold pour me faire rétamer en boucle. Il m’a aussi ouvert les oreilles sur les bandes-sons de jeux de combat, menant à quelques évangélisations ratées auprès de mes potes de collège forcés d’écouter le thème de She-Hulk.

Capcom a perdu la main sur les licences Marvel au profit d’Arc System Works et leur Marvel Tokon Fighting Souls en développement. Les premiers contacts sont excellents, avec une volonté affichée de s’éloigner du modèle Capcom tout en intégrant des personnages méconnus comme Danger des X-Men. Mais on peut regretter de ne plus voir Capcom aux manettes, ne serait-ce que pour enfin intégrer du Breath of Fire ou du God Hand à ce grand bourre-pif cosmique.

Lucas Durand

Depuis mon plus jeune âge, je suis un inconditionnel des jeux vidéo. Que ce soit des classiques de l'ère 8-bits ou les dernières sorties AAA, je suis toujours à la recherche de la prochaine grande aventure vidéoludique. Ayant été testeur pour un magazine de jeux vidéo, j'ai une vision à la fois analytique et passionnée des jeux que j'aborde.

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