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MindsEye en chute libre : comment la gestion de Benzies a ruiné le studio Build A Rocket Boy

Quatre mois après le lancement de MindsEye, le studio Build A Rocket Boy s’enfonce dans la tourmente. L’échec commercial du jeu n’est que la partie émergée d’un iceberg bien plus vaste : gestion interne désastreuse, vague de licenciements massifs et climat de travail toxique. Les accusations sont graves et visent directement la direction du studio.

Le lancement raté de MindsEye a tout déclenché

Sorti le 10 juin dernier sur PS5, Xbox Series X/S et PC, MindsEye était censé marquer l’arrivée du studio Build A Rocket Boy sur la scène. Créé par Leslie Benzies, ancien producteur clé de la saga GTA, le projet avait alimenté bien des espoirs. Résultat : un titre instable, truffé de bugs, dépourvu de finition, et livré sans aucun accès presse, ce qui n’est généralement jamais bon signe. Dès les premières heures, le jeu s’est effondré sous les critiques négatives des joueurs.

À peine quelques jours après la sortie, une vague inattendue de licenciements a frappé le studio. Le malaise, souterrain depuis plusieurs mois, a éclaté au grand jour. L’état du jeu n’était que le symptôme d’un management déjà profondément dysfonctionnel en coulisses.

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Une lettre ouverte qui dénonce un management toxique

Le 26 octobre, un groupe de 93 employés et ex-employés de Build A Rocket Boy a publié une lettre ouverte particulièrement détaillée. Le texte dénonce un environnement de travail toxique, dominé par le mépris, un manque flagrant d’écoute et des pratiques managériales chaotiques. La direction est soupçonnée d’avoir volontairement ignoré les alertes répétées des équipes, pourtant bien conscientes du naufrage imminent de MindsEye.

Parmi les problèmes soulevés :

  • Huit heures supplémentaires obligatoires chaque semaine, jamais payées ni récupérées
  • Des licenciements sans cadre clair, souvent brutaux
  • Des erreurs dans les lettres de licenciements, parfois même des informations mensongères
  • Des transferts d’employés vers d’autres projets dans le but de dégrader artificiellement leur évaluation
  • Un refus systématique d’écouter les retours des développeurs

Plus inquiétant encore, la lettre alerte sur la disparition progressive de toute forme de gouvernance digne de ce nom dans le studio, où les décisions semblent prises sans stratégie cohérente.

Départs en masse et organisation à l’agonie

Selon les signataires de la lettre, entre 250 et 300 employés auraient été remerciés depuis la sortie de MindsEye. Dans un studio qui comptait environ 400 salariés, cela représente une part énorme des effectifs. Certaines équipes ont été démantelées, d’autres totalement réorientées sans concertation, souvent sans la moindre explication.

Les signataires réclament aujourd’hui une série de mesures concrètes : reconnaissance officielle du syndicat IWGB, excuses publiques de la direction, indemnisation des employés lésés et, surtout, mise en place d’un audit externe pour réorganiser la structure avec des partenaires indépendants.

Ce sont Mark Gerhard et Leslie Benzies, les deux figures de proue du studio, qui sont clairement visés. Leur discours, qualifiant Build A Rocket Boy de “famille unie”, est aujourd’hui jugé en totale contradiction avec les témoignages internes. Le contraste entre la vitrine et la réalité vécue par les équipes est criant.

Silence radio du studio, retrait d’IO Interactive

Face à cette fronde publique et structurée, Build A Rocket Boy n’a pour l’instant émis aucun commentaire officiel. De son côté, IO Interactive, qui assurait jusqu’alors l’édition de MindsEye, a coupé tous les ponts et annoncé la fin définitive de ses activités d’édition. Un coup dur supplémentaire pour un studio déjà pris dans la tempête.

Malgré plusieurs mises à jour techniques déployées depuis juin, MindsEye reste un produit instable et mal optimisé, qui porte encore les stigmates d’une production précipitée et sans cap clair. L’avenir du studio, qui devait incarner une nouvelle voie dans le monde du jeu vidéo AAA indépendant, semble aujourd’hui plus incertain que jamais.

Lucas Durand

Depuis mon plus jeune âge, je suis un inconditionnel des jeux vidéo. Que ce soit des classiques de l'ère 8-bits ou les dernières sorties AAA, je suis toujours à la recherche de la prochaine grande aventure vidéoludique. Ayant été testeur pour un magazine de jeux vidéo, j'ai une vision à la fois analytique et passionnée des jeux que j'aborde.

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