Palworld

Nintendo brevète un gameplay clé : les combats à invocation bientôt menacés ?

Nintendo vient de mettre la main sur un brevet qui risque de faire du bruit dans l’industrie du jeu vidéo. Accordé en septembre 2025 mais déposé depuis mars 2023, il concerne une mécanique centrale bien connue : invoquer un personnage pour combattre un autre. Et ses implications pourraient être bien plus larges qu’on ne le pense.

Un brevet qui dépasse le cas Pokémon

À première vue, on pourrait croire que ce nouveau brevet vise directement Palworld, ce jeu souvent décrit comme un Pokémon sous stéroïdes, déjà attaqué en justice pour son utilisation des fameuses Poké Balls. Mais le champ couvert par Nintendo va beaucoup plus loin. Le brevet protège la capacité d’un joueur à faire apparaître un personnage ou une créature pour se battre à sa place contre un ennemi. Une mécanique vieille comme les jeux Pokémon mais encore aujourd’hui omniprésente.

Cette approche n’est pas sans rappeler les brevets que certaines entreprises stratégiques déposent à tour de bras pour sécuriser des mécaniques floues mais fondamentales, parfois dans le but de limiter la concurrence ou de récolter des royalties sur les ventes futures. Nintendo applique ici une stratégie de verrouillage qui pourrait peser sur des pans entiers du game design actuel.

Des jeux majeurs potentiellement concernés

Ce brevet pourrait en effet poser problème pour de nombreux développeurs, y compris parmi les plus gros noms de l’industrie. FromSoftware, par exemple, utilise largement ce genre de système d’invocation dans Dark Souls et Elden Ring.

Le joueur peut faire apparaître d’autres combattants, humains ou non, pour l’épauler face aux boss. Même s’il ne s’agit pas de monstres façon pokémon, le concept d’un renfort externe déclenché à la demande reste le même, ce qui pourrait techniquement tomber sous le coup de ce brevet.

Chez Atlus, la mécanique est aussi largement utilisée. Que ce soit dans Persona, Shin Megami Tensei ou les séries Demon Summoner, le joueur invoque des créatures pour se battre à sa place, avec une interface très similaire à celle des RPG au tour par tour classiques. Là encore, c’est le principe d’invocation qui est visé, pas son enveloppe esthétique ou son interface.

D’autres jeux basés sur la capture et le combat de créatures pourraient également être affectés : Digimon, Yo-Kai Watch ou même certains titres mobiles free-to-play qui reposent sur des équipes de monstres ou de héros interchangeables déployés en combat.

Digimon World

Un précédent qui pourrait chambouler l’industrie

Selon Games Fray, cette stratégie pourrait pousser d’autres entreprises à adopter une politique plus agressive en matière de brevets. Certaines sociétés détenant des technologies ou concepts anciens mais largement utilisés pourraient décider de les monétiser plutôt que de les exploiter directement dans des jeux.

On pourrait assister à une forme de guerre froide des brevets, avec en ligne de mire :

  • Davantage de litiges liés à des mécaniques de gameplay.
  • Des frais juridiques supplémentaires pour les studios.
  • Un frein potentiel à l’innovation si les développeurs doivent constamment contourner des brevets plutôt que créer librement.

Le risque, c’est de voir apparaître ce que l’on appelle des “trolls de brevets”, ces entreprises qui n’ont pas d’activité de développement mais qui vivent de procès et de licences accordées à d’autres. Un comble dans un secteur aussi créatif que celui du jeu vidéo.

Vers une nouvelle ère de méfiance entre studios

Ce genre de jurisprudence pourrait instaurer un climat plus tendu entre les différents acteurs du marché. Le simple fait de réutiliser ou de réinterpréter une mécanique répandue risque de rester sous surveillance. Ce n’est pas la première fois que cela arrive : au fil des années, plusieurs grosses boîtes ont tenté de breveter des éléments de gameplay, avec plus ou moins de succès.

Ce coup de Nintendo montre que même des techniques aussi banales que « je choisis une créature, elle se bat pour moi » peuvent devenir des enjeux commerciaux. Reste à voir si cela servira à protéger une vraie innovation ou simplement à verrouiller un terrain au détriment des autres. Mais une chose est sûre, ce brevet va faire parler.

Lucas Durand

Depuis mon plus jeune âge, je suis un inconditionnel des jeux vidéo. Que ce soit des classiques de l'ère 8-bits ou les dernières sorties AAA, je suis toujours à la recherche de la prochaine grande aventure vidéoludique. Ayant été testeur pour un magazine de jeux vidéo, j'ai une vision à la fois analytique et passionnée des jeux que j'aborde.

Post navigation