Le studio espagnol Pendulo Studios aurait discrètement fermé ses portes en mars dernier, sans annonce publique. Connu pour ses jeux d’aventure comme Runaway, Blacksad ou plus récemment Tintin Reporter : Les Cigares du Pharaon, le studio semble ne plus exister, d’après le témoignage d’un ancien employé relayé par MeriStation.
Une fin de parcours sans tambour ni trompette
Si Pendulo Studios a marqué plusieurs générations de joueurs avec sa patte graphique et son goût du récit, sa fin s’est jouée en coulisses, loin des projecteurs. D’après les informations dévoilées par MeriStation, un ancien membre de l’équipe a confirmé que les activités du studio s’étaient arrêtées il y a plusieurs mois, en mars 2024, sans qu’aucune communication officielle ne soit faite. Pas de communiqué, pas de mot d’adieu, juste un silence qui dure, signe d’un clap de fin discret pour ce pilier du jeu d’aventure européen.
Des tensions internes et un dernier jeu contesté
Cette fermeture intervient dans un contexte déjà compliqué pour l’entreprise. La sortie très critiquée de Tintin Reporter – Les Cigares du Pharaon, en novembre 2023, aura été le point de bascule. Ce titre, pourtant basé sur une licence à succès, n’a pas convaincu : problèmes techniques, choix artistiques discutables et manque de finition globale ont provoqué un vrai tollé. Les joueurs comme la presse spécialisée ont pointé du doigt un jeu trop rigide, mal rythmé, et alourdi par une narration maladroite.
Conséquence directe, les tensions entre Pendulo Studios et son éditeur Microids se sont intensifiées. Fin 2023, près de 43 % de l’effectif est licencié. Le studio tente alors de poursuivre ses activités avec une équipe réduite, mais selon le témoignage recueilli, l’arrêt total est intervenu quelques mois plus tard. L’équipe restante aurait été dissoute progressivement, et les locaux fermés sans suite.
Une histoire de 30 ans dans le point’n’click européen
Pour les fans, la disparition de Pendulo Studios évoque une vraie fin d’époque. Fondé au début des années 90, le studio s’est fait connaître avec Runaway : A Road Adventure en 2001, un point’n’click moderne au style cartoon assumé, à mi-chemin entre la comédie et le thriller. C’était une époque où LucasArts déclinait, et où Pendulo reprenait fièrement le flambeau du genre en Europe.
Par la suite, des titres comme The Next Big Thing ou Yesterday ont montré une vraie patte narrative et une volonté d’innover dans la forme, même avec des moyens limités. Ces dernières années, le studio s’était lancé dans des licences plus exposées, notamment Blacksad: Under the Skin et Alfred Hitchcock: Vertigo. Deux projets ambitieux sur le papier, mais qui n’ont pas su convaincre à cause de leur exécution laborieuse.
Un catalogue inégal, mais sincère
Même si tout n’était pas parfait chez Pendulo Studios, on ne peut nier la personnalité de ses productions. Les choix esthétiques parfois clivants, les récits alambiqués mais ambitieux, et cette volonté tenace de faire du narratif dans un marché de plus en plus dominé par le multijoueur et le jeu-service.
Le studio laisse derrière lui un héritage contrasté, avec des réussites cultes et des échecs plus récents. Mais pour les amateurs de jeux d’aventure, Pendulo, c’était un nom qui comptait, un studio qui osait encore raconter des histoires en mettant le joueur au cœur du récit. Un artisan du jeu vidéo, comme on en voit de moins en moins.

