Assassin’s Creed Shadows a surpris tout le monde, y compris Ubisoft lui-même, en dépassant les prévisions de revenus grâce à un lancement plus que solide. Derrière cette performance commerciale, un choix de game design attire particulièrement l’attention : la possibilité d’incarner deux personnages, Naoe et Yasuke, une approche qui polarise autant qu’elle intrigue.
Un duo de gameplay très contrasté
L’idée d’alterner entre deux protagonistes n’est pas nouvelle pour la série. On l’a déjà vue dans Assassin’s Creed Syndicate avec les jumeaux Frye, mais Shadows va beaucoup plus loin dans la différenciation entre les deux héros jouables. D’un côté, Naoe est clairement pensée comme l’héritière de l’ADN classique de la série : infiltration, agilité, discrétion et assassinat ciblé. De l’autre, Yasuke, samouraï historique reconstruit pour l’occasion, impose une présence physique puissante, axée sur l’affrontement brutal.
Ce contraste ne se limite pas à quelques animations ou compétences. Selon Simon Lemay-Comtois, directeur associé du jeu, certaines actions ne sont même pas envisageables avec l’un ou l’autre des personnages. Essayez un saut acrobatique avec Yasuke et vous risquez d’atterrir comme un sac de riz. Une volonté claire des développeurs : que chaque joueur vive l’aventure selon son style.

Le revers de la médaille
Mais ce choix clivant n’a pas fait l’unanimité. La réception critique du jeu reste globalement positive, certes, mais certains joueurs ont exprimé leur frustration face à un héros qui les attire moins. Le risque, selon Lemay-Comtois, était connu dès le départ. L’équipe savait que proposer deux expériences aussi différentes allait diviser une partie de la communauté.
Cette approche remet en question la tradition de la série, où les assassins étaient le plus souvent des héros polyvalents, capables à la fois de se faufiler dans l’ombre et de trancher dans le tas si nécessaire. Dans Shadows, cette latitude disparaît en grande partie, forçant les joueurs à adapter leur stratégie ou à favoriser un protagoniste au détriment de l’autre.
Une direction assumée pour le futur
Malgré les critiques, Ubisoft ne compte pas faire machine arrière. La performance de Shadows montre qu’il y a un réel intérêt pour cette approche à double prisme, à condition de l’intégrer dans un cadre narratif pertinent. Selon les retours de l’équipe, ce format alterne efficacement rythme, ton et mécaniques, permettant une plus grande richesse dans la construction de l’univers.
Il est donc probable que l’on retrouve ce système dans de futurs épisodes, si le scénario et le cadre s’y prêtent. Ubisoft considère même Shadows comme un laboratoire grandeur nature pour expérimenter cette nouvelle direction.
Un concept à peaufiner
Ce qui fonctionne dans Shadows, c’est l’idée d’offrir deux jeux en un sans tomber dans la redondance. En découpant clairement les rôles, Ubisoft pousse les joueurs à explorer toutes les facettes du gameplay. Il faudra, toutefois, mieux gérer la transition entre les personnages dans un avenir proche, pour ne pas pénaliser l’immersion.
Le jeu ouvre en tout cas une piste intéressante pour la franchise, qui cherche à se renouveler sans trahir ce qui a fait son succès. Si vous adhérez au principe du duo asymétrique, vous risquez d’y trouver votre compte. Sinon, il faudra peut-être attendre un épisode plus traditionnel.
