Sony et la licence FIFA

PlayStation a failli acquérir FIFA et Dungeon Keeper : pourquoi cela ne s’est jamais fait

PlayStation aurait pu complètement changer la face du jeu vidéo dans les années 90. Selon deux anciens responsables de Sony, la firme japonaise était à deux doigts de mettre la main sur la licence FIFA ainsi que sur Bullfrog Productions, le studio culte derrière Dungeon Keeper. Un choix stratégique dicté par la diplomatie interne, qui a laissé le champ libre à Electronic Arts.

PlayStation et FIFA : le but refusé de justesse

Dans une interview récente, Juan Montes, ancien vice-président du développement logiciel, et Martin Alltimes, ex-producteur senior, ont levé le voile sur une période charnière pour Sony. À cette époque, l’équipe interne de PlayStation travaillait sur son propre jeu de football et était « très, très proche » d’obtenir les droits de la licence FIFA.

Mais plutôt que de secouer la table, la direction a fait le choix de préserver une bonne entente avec un éditeur tiers de poids – sans doute Electronic Arts. Résultat, la marque a préféré renoncer à cette précieuse licence, une décision qui aura un effet domino majeur : EA récupère FIFA, consolide son hégémonie sur les jeux de foot, et vendra plus de 325 millions d’exemplaires de ses titres d’ici 2021.

Ce virage refusé reste l’un des grands “et si…” de l’histoire du jeu vidéo. Car à cette époque, le marché du ballon rond virtuel était encore à conquérir, et rien ne garantissait le succès d’EA sans l’abandon de PlayStation.

FIFA

Bullfrog Productions : encore une occasion manquée

Le regret ne s’arrête pas là. Sony avait également des vues sur Bullfrog Productions, le studio britannique mythique fondé par Peter Molyneux, à qui l’on doit Populous, Syndicate et bien sûr Dungeon Keeper. Martin Alltimes raconte qu’un producteur proche de Molyneux avait alors été contacté. À cette occasion, Peter avait présenté plusieurs projets, dont Dungeon Keeper – qui deviendra culte – et The Indestructibles, resté à jamais dans les cartons.

L’intérêt était fort, mais le management de PlayStation considérait qu’il serait plus simple et moins coûteux de ne pas aller au bout de l’acquisition. Une décision qui, une fois encore, a profité à EA. L’éditeur américain, alors fraîchement auréolé du succès de Theme Park, n’a pas hésité et a racheté Bullfrog pour renforcer encore son catalogue de jeux de gestion et de stratégie.

Des choix lourds de conséquences

Ces deux histoires racontent avant tout comment quelques décisions internes, souvent invisibles à l’époque, peuvent bouleverser tout un écosystème. Si PlayStation avait sécurisé FIFA, peut-être que la série n’aurait jamais connu la même trajectoire sous EA Sports. Si Sony avait intégré Bullfrog, Dungeon Keeper aurait pu prendre une toute autre direction, voire devenir une licence maison de la PlayStation.

La fin des années 90 a été marquée par ce type d’opportunités stratégiques, souvent à l’arrachée, où chaque alliance pouvait modifier durablement les rapports de force dans le jeu vidéo. Et force est de constater qu’Electronic Arts, en dépit de critiques récurrentes, a su flairer et saisir les bonnes occasions.

Ce que PlayStation a laissé filer, EA l’a transformé en or.

Lucas Durand

Depuis mon plus jeune âge, je suis un inconditionnel des jeux vidéo. Que ce soit des classiques de l'ère 8-bits ou les dernières sorties AAA, je suis toujours à la recherche de la prochaine grande aventure vidéoludique. Ayant été testeur pour un magazine de jeux vidéo, j'ai une vision à la fois analytique et passionnée des jeux que j'aborde.

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