Metroid Prime 4

Pourquoi Metroid Prime 4 déçoit les fans et comment Retro a dû composer avec un projet imposé

Metroid Prime 4: Beyond, attendu pendant plus de six ans, ne sera pas l’épisode révolutionnaire que certains espéraient. Loin de la mélancolie majestueuse de la trilogie originale, il propose une aventure plus classique, structurée et bavarde, moins ambitieuse dans sa forme comme dans son fond. Retour sur une production pleine de compromis.

Une production née dans la contrainte… et le flou artistique

Dès son annonce en 2017, Metroid Prime 4 portait le poids d’attentes colossales. Initialement confié à Bandai Namco, le projet sera finalement repris en main par Retro Studios en 2019, après deux ans de développement jugé insatisfaisant par Nintendo. Pourtant, contrairement à ce que beaucoup imaginaient, ce changement de studio n’a pas entraîné un reboot complet. Une récente interview révèle que les bases de l’histoire et du gameplay avaient déjà été posées… et qu’il n’était pas possible de les jeter à la poubelle.

Samus devait dès le départ acquérir des compétences psychiques sur une planète inédite, pouvoir contrôler à volonté son tir chargé et même piloter un véhicule, autant d’idées établies par Bandai Namco. Retro Studios a donc récupéré une structure déjà dessinée qu’ils ont dû retravailler sans pouvoir repartir de zéro. Une limitation créative qui a influencé toute la construction du jeu.

Pas de monde ouvert façon Zelda

Zelda

Lorsque Nintendo développait Metroid Prime 4, Breath of the Wild venait de redéfinir les codes de l’aventure en monde ouvert. La tentation était forte de calquer ce modèle aussi sur Metroid. Mais Retro Studios a fait le choix inverse. Conscients de ne pas pouvoir rivaliser avec les géants du genre, et soucieux de préserver l’ADN de la série, les développeurs ont opté pour une structure classique.

Résultat : pas de monde ouvert infini, pas de carte noyée sous les icônes. À la place, un hub central relie plusieurs zones optionnelles, chacune regorgeant de secrets, à découvrir à mesure que Samus débloque ses nouvelles capacités. Le design évoque fortement les Metroidvania d’antan, avec une progression bien balisée et millimétrée. On avance pièce par pièce, porte par porte, en profitant d’un gameplay toujours solide mais volontairement éloigné des conventions modernes du genre.

Le choix délibéré de rester à contre-courant

Les développeurs l’affirment sans détour : ils ont ignoré sciemment les évolutions des jeux de tir modernes. Pas question d’adopter une caméra flottante à la Destiny, ou une narration cryptique façon From Software. Metroid Prime 4: Beyond cherche plutôt à retrouver un rythme feutré, pesant, où chaque salle devient un mini-labyrinthe, chaque ennemi une menace calculée.

Cela dit, cette fidélité a un prix. Les compagnons bavards qui accompagnent Samus alourdissent le récit, et la quête principale – centrée sur la recherche de clés colorées – manque de souffle épique. Il y a quelque chose d’un peu mécanique dans l’enchaînement des zones, et l’impression d’avoir déjà vu ce genre de structure trop de fois pèse à la longue.

Des ambitions bridées, mais une base solide

Ce n’est pas un mauvais jeu, loin de là. À bien des égards, Metroid Prime 4: Beyond est un Metroid pur jus, avec ses puzzles méticuleux, ses boss bien construits, et son ambiance de SF maîtrisée. Mais ce n’est pas non plus l’épisode majeur qu’il aurait pu être. La faute à un développement compliqué, parsemé de révisions, de limitations et de décisions prises bien en amont par une autre équipe.

Retro Studios a donc livré une copie maîtrisée mais un peu tiède, fidèle mais sans audace majeure. Si la série veut vraiment se réinventer comme elle l’avait fait à l’ère GameCube, il faudra sans doute attendre un cinquième opus, conçu cette fois entièrement selon la vision des créateurs originels.

En attendant, voici ce que propose Metroid Prime 4: Beyond :

  • Une progression en segments reliés par un hub, plutôt qu’un monde ouvert
  • Des mécaniques de Metroidvania classiques avec de nouvelles compétences psychiques
  • Une narration plus présente mais parfois trop directive
  • Un gameplay précis et fidèle à la série, mais volontairement figé dans le temps
  • Une durée de vie resserrée et une aventure plus linéaire qu’avant

À vouloir contenter tout le monde, Metroid Prime 4: Beyond finit par flotter entre deux eaux. Les puristes retrouveront leurs marques, les curieux resteront sûrement en retrait. Ce n’est pas la révolution qu’on espérait, mais une transition pleine de retenue.

Lucas Durand

Depuis mon plus jeune âge, je suis un inconditionnel des jeux vidéo. Que ce soit des classiques de l'ère 8-bits ou les dernières sorties AAA, je suis toujours à la recherche de la prochaine grande aventure vidéoludique. Ayant été testeur pour un magazine de jeux vidéo, j'ai une vision à la fois analytique et passionnée des jeux que j'aborde.

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