Peacemaker

Pourquoi Peacemaker réussit là où le multivers Marvel s’écroule

DC surprend là où on ne l’attendait plus. Avec Peacemaker, James Gunn livre un traitement du multivers à la fois limpide, touchant et accessible. Tandis que Marvel embrouille son public avec des fibres narratives inachevées, le DCU en plein renouveau opte pour une approche humaine, drôle et cohérente qui fait mouche.

Le multivers trop ambitieux de Marvel

Cela fait maintenant des années que le MCU joue avec l’idée du multivers, cette notion de réalités multiples coexistant en parallèle. Dans les comics, c’est un terrain de jeu fertile. À l’écran, c’est devenu un casse-tête. Marvel ambitionne de tout connecter, de tout croiser et d’ouvrir la porte à d’infinies possibilités. Malheureusement, cette complexité mal maîtrisée fatigue.

Les apparitions sans véritable explication, comme celle de Charlize Theron dans Doctor Strange in the Multiverse of Madness, ou des personnages abandonnés en route comme Monica Rambeau après The Marvels, en sont les symptômes. Au lieu d’être une source d’émerveillement, le multivers version Marvel tend à égarer. On se perd dans les timelines contradictoires, les allers-retours sans impact et les clins d’œil inutiles, dans des intrigues superficielles qui oublient de répondre aux questions qu’elles posent.

Pourquoi le troisième œil de Doctor Strange n’a-t-il aucune conséquence visible ? Où sont passées les autres versions de Spider-Man après No Way Home ? Qui tire réellement les ficelles derrière les Dix Anneaux ? À force d’accumuler les mystères, Marvel lasse.

Doctor Strange

Gunn mise sur la clarté et le ressenti

À l’exact opposé, le travail de James Gunn sur le renouveau cinématographique de DC mise sur la sobriété, l’émotion et la précision. Dès la première saison de Peacemaker, le personnage du père introduisait un premier jeu autour des dimensions parallèles, via une « chambre quantique » qui ouvrait un portail vers un autre univers. La construction du nouveau DCU ne cherche pas à tout mêler, mais à bâtir un monde cohérent, pierre après pierre.

La saison 2 de Peacemaker va encore plus loin. Dans l’un des épisodes, le héros traverse un portail et se retrouve dans un monde où tout paraît parfait. Un Peacemaker adulé, un statu quo flatteur, un univers où son père néonazi est considéré comme un héros national. Derrière cette utopie se cache en réalité une dictature suprémaciste blanche. La série confronte alors frontalement son héros à ses manques de discernement et à son propre conditionnement.

Ce basculement est traité avec intelligence. On ne tombe pas dans une bouillie d’incohérences temporelles, mais dans une réalité alternative qui a un vrai sens narratif, avec un message clair et une résonance émotionnelle. Peacemaker se retrouve en conflit avec lui-même, mais aussi avec Adebayo, son alliée noire, dont les réactions donnent tout leur poids à cette exploration de l’horreur.

Un dosage parfait entre drame et second degré

L’autre force de Peacemaker, c’est son ton. Là où le MCU peine à marier gravité et humour sans faire décrocher le spectateur, Gunn excelle dans ce grand écart. La série ose des moments absurdes, violents, tendres ou déchirants, souvent à la suite les uns des autres, mais toujours cohérents.

Les échanges entre Vigilante et sa version alternative, par exemple, offrent des scènes hilarantes que révélatrices de la nature du personnage. Cette agilité narrative donne à la série une vraie fraîcheur, qui tranche radicalement avec les récents films Marvel souvent engoncés dans leur formule désormais stérile.

Une architecture d’univers bien pensée

James Gunn ne joue pas solo. Peacemaker s’inscrit dans une toile plus vaste, mais lisible. La série est en lien direct avec le futur film Superman et la série animée Creature Commandos. Pas besoin de visionner dix productions pour comprendre un épisode. Chaque œuvre a son identité, mais participe à un même projet :

  • Construire un univers partagé
  • Excitant
  • Mais surtout compréhensible

Là où Marvel donne parfois l’impression de courir après ses propres références, le DCU prend le temps de poser son décor. Le public n’est pas pris de court ou forcé de lire des résumés sur Wikipedia. On regarde, on comprend, on s’attache. C’est basique, mais aujourd’hui trop rare.

Un contre-pied inattendu mais payant

Pendant que le MCU annonce Avengers: Secret Wars et d’autres arcs qui multiplient encore les dimensions, on sent bien que l’envie du public n’y est plus vraiment. Trop de films, trop de héros, trop d’intrigues suspendues. Marvel semble fatigué.

Et c’est là que DC, pourtant longtemps mal en point avec des films inégaux et un univers fragmenté, trouve aujourd’hui sa voix. Grâce à l’approche plus humaine, plus drôle mais aussi plus directe de Gunn, Peacemaker s’impose comme l’une des meilleures utilisations actuelles du multivers.

Simple à suivre, divertissante, chargée de sens, la série prouve qu’il est encore possible de faire du bon avec une idée surexploitée, à condition de ne jamais perdre de vue le cœur du spectacle : les personnages. Et c’est sûrement là que réside la vraie victoire du DCU.

Lucas Durand

Depuis mon plus jeune âge, je suis un inconditionnel des jeux vidéo. Que ce soit des classiques de l'ère 8-bits ou les dernières sorties AAA, je suis toujours à la recherche de la prochaine grande aventure vidéoludique. Ayant été testeur pour un magazine de jeux vidéo, j'ai une vision à la fois analytique et passionnée des jeux que j'aborde.

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