ModRetro vient de dévoiler la Chromatic, une console portable rétro haut de gamme dont la coque est conçue en alliage de magnésium-aluminium, utilisé dans des drones militaires fabriqués par Anduril Industries. Positionnée comme un hommage à la Game Boy, cette machine soulève une vive polémique en raison de sa connexion directe avec l’univers de l’armement.
Une console rétro premium… vraiment à part
Affichée à 349,99 dollars dans une édition limitée, la Chromatic ne se contente pas d’émuler l’esthétique des consoles portables d’antan. Elle est livrée avec un casque audio et un pendentif estampillé du logo d’Anduril Industries, clin d’œil assumé à ses origines industrielles. Techniquement, elle peut lire des cartouches rétro et propose une finition qui mise clairement sur le luxe et la rareté. On est bien loin du plastique gris de nos souvenirs Game Boy.
À première vue, on pourrait croire à un produit de niche cherchant à séduire les fans hardcore de retro-gaming et les collectionneurs au portefeuille bien garni. Mais ce n’est pas cette stratégie luxe qui a déclenché la tempête.

Entre joystick et drone militaire
Ce qui fait grincer des dents, c’est la matière même dans laquelle la console est fabriquée. ModRetro met en avant l’utilisation d’un alliage utilisé dans des drones militaires, une technologie développée par Anduril Industries. L’effet recherché semble clair : fusionner prestige technologique et culture geek. Sauf qu’ici, ça déraille.
Une partie de la communauté voit dans cette console une fétichisation problématique de la technologie militaire, intégrée à un objet censé incarner le divertissement et l’innocence du jeu rétro. Mélanger l’imaginaire du champ de bataille avec celui du pixel 8-bit, c’est un mariage qui dérange. D’autant plus que le design de la Chromatic ne cherche pas à dissimuler sa filiation industrielle, mais au contraire à en faire un argument de vente.
Une nostalgie instrumentalisée
Ce qui choque également, c’est la manière dont ModRetro semble instrumentaliser la nostalgie. Le rétro-gaming, traditionnellement perçu comme un refuge loin des logiques de guerre ou de surveillance, se voit ici récupéré au service d’un storytelling militariste. À vouloir séduire les amateurs de trip rétro, la marque piétine au passage les valeurs originales de cette scène qui s’est souvent construite en opposition à l’industrie dominante.
Il ne faut pas oublier qu’Anduril Industries est dirigée par Palmer Luckey, ancien fondateur d’Oculus VR, dont les prises de position politiques controversées continuent de provoquer des remous. La crainte de voir l’imaginaire militaire infuser les objets de consommation courante, jusque dans nos consoles portables, devient ici plus tangible.
La frontière floue entre jeu vidéo et militarisation
La Chromatic remet en lumière cette zone grise entre le monde du jeu et celui de l’armée. Cela fait longtemps que les deux se croisent :
- Simulateurs de combat
- Partenariats pour le recrutement
- Développement technologique partagé
Les liens existent depuis des années. Mais ici, le seuil symbolique est franchi. Ce n’est plus seulement une utilisation croisée des technologies, c’est une glorification assumée d’un héritage militaire dans un produit grand public.
Les réactions en ligne ne se sont pas fait attendre. Certains y voient une simple provocation marketing, d’autres une double faute de goût. Dans tous les cas, la Chromatic soulève une vraie question : à partir de quand le jeu devient-il complice d’un discours plus large qu’il ne maîtrise pas toujours ?
Les collectionneurs voudront peut-être se l’arracher, mais pour une grande partie des joueurs, la magie du rétro ne rime pas avec l’aura d’un drone de surveillance ou d’un casque connecté à une vision de commandement.
