Astro Bot a tout du grand jeu de plateforme moderne : reconnaissance critique, succès commercial, un charme à l’ancienne remis au goût du jour… mais malgré tout, Sony l’a relégué au second plan. Face à la stratégie de la firme japonaise axée sur les jeux live-service, l’avenir d’Astro Bot semble sacrifié sur l’autel du profit.
Un bijou PlayStation… mis au placard
Développé par le studio japonais Team Asobi, Astro Bot s’est imposé comme un incontournable des jeux de plateforme. Avec ses graphismes léchés, sa direction artistique maline, sa prise en main ultra fluide et un sens du rythme qui fait mouche, le jeu a su séduire aussi bien la presse que le grand public. Il a raflé de nombreux prix Game of the Year et s’est constitué une base de fans fidèle qui le considère comme l’un des meilleurs représentants du genre.
Astro Bot, c’est aussi un pur produit de l’ADN PlayStation. Celui d’une époque où Sony n’hésitait pas à proposer des expériences variées, tantôt ambitieuses, tantôt plus modestes, mais toujours portées par une vraie personnalité. Ce jeu respire la créativité, celle qu’on retrouvait dans les grandes heures de la PS2 ou même de la PS3 avec des titres uniques comme LittleBigPlanet ou Puppeteer.
Mais voilà, malgré tous ces bons points, Astro Bot reste à la marge dans la stratégie actuelle de Sony. Il reçoit bien quelques mises à jour gratuites, preuve que Team Asobi continue d’y croire, mais on le traite chez PlayStation comme une curiosité, un bonus sympathique, pas comme une vitrine de la marque.
Sony mise tout sur le live-service
Depuis plusieurs années, Sony a clairement changé son fusil d’épaule. La priorité est donnée aux jeux live-service, ces titres conçus pour durer sur plusieurs années et rapporter des revenus réguliers. L’objectif est simple : concurrencer Fortnite, Roblox et autres mastodontes du genre. Résultat, les jeux solo plus courts, même innovants, passent au second plan.
Hermen Hulst, à la tête de la division Studio Business Group de la firme, l’a confirmé lors d’une interview avec les investisseurs. Oui, certains projets récents n’ont pas été à la hauteur, comme Concord, qui a déçu dès ses premières présentations. Mais pour Sony, le plan tient toujours : il faut persister, tester, ajuster et tenir sur la durée. L’exemple de Helldivers II, qui cartonne depuis sa sortie, est mis en avant comme preuve que la formule peut marcher.
Autrement dit, même quand ça rate, Sony garde le cap. Marathon, le prochain jeu de Bungie, souffre déjà de problèmes de développement et a été repoussé à une date indéfinie. Mais le projet reste d’actualité, porté par une ambition commerciale plus que créative.
Les créateurs d’Astro Bot, eux, peuvent encore attendre.
Astro Bot, Gravity Rush, Concrete Genie : les laissés-pour-compte
Ce recentrage sur les blockbusters monétisables à long terme laisse peu de place à d’autres formes de jeux. Même quand un titre comme Astro Bot prouve qu’il y a un public pour des expériences plus courtes, généreuses et innovantes, Sony ne suit pas.
Et il n’est pas le seul concerné. Des licences comme Gravity Rush ou Concrete Genie, elles aussi acclamées pour leur originalité, ont été peu soutenues voire abandonnées. Elles représentent un pan du catalogue PlayStation que beaucoup de joueurs regrettent : celui d’une console pas uniquement tournée vers le réalisme ou l’ultra-compétition en ligne, mais capable de proposer
- des objets de curiosité
- de poésie
- ou tout simplement de fun immédiat
Pourquoi ces titres n’ont-ils pas droit à la même exposition que les mastodontes à la sauce Destiny-likes ? Tout porte à croire que ce n’est pas une question de qualité, mais de rentabilité projetée. Dans les couloirs de Sony, la place pour des jeux « legs culturels » semble réduite à peau de chagrin.
Une vitrine éclipsée par la logique comptable
Même si le dernier State of Play a montré quelques jeux plus variés, laissant croire à un retour de cette diversité qui faisait la force de la PlayStation, le message envoyé reste flou. Astro Bot devrait être un porte-étendard, une sorte de Mario maison, capable de parler à un large public tout en affirmant une identité propre. Mais ce n’est pas le projet que Sony veut vendre aujourd’hui.
De plus en plus, l’entreprise donne le sentiment de privilégier les titres capables de générer du cash sur le long terme, quitte à sacrifier une partie de l’âme de la marque. Le jeu vidéo n’est plus seulement une affaire de passion et d’expériences marquantes, mais aussi un tableur Excel où seuls les gros chiffres comptent.
Ce que Sony semble oublier, c’est qu’un Astro Bot, avec son gameplay affûté, son monde attachant et sa générosité à tous les étages, porte en lui ce que beaucoup attendent d’une console : du fun pur, accessible et marquant. Ce n’est peut-être pas ce qui rapporte le plus à court terme, mais c’est ce qui fait qu’on se souvient d’une machine des années plus tard. Et aujourd’hui, rares sont les jeux qui le font aussi bien qu’Astro Bot.

