Street Fighter IV

Street Fighter IV : comment ce jeu a sauvé la saga de la disparition totale

Le 5 février 2009, Street Fighter IV débarquait sur consoles japonaises et sauvait littéralement la saga de l’oubli. Après près d’une décennie d’absence, ce réveil spectaculaire orchestré par Yoshinori Ono a non seulement relancé la franchise mais révolutionné l’esport moderne.

Un retour inattendu après des années de silence

Difficile aujourd’hui d’imaginer que Street Fighter aurait pu disparaître définitivement. Pourtant, en dehors des crossovers et rééditions, la série n’avait rien proposé de neuf depuis Street Fighter EX3 en mars 2000. Capcom n’avait tout simplement pas l’intention de relancer la machine dans les années 2000, un choix compréhensible quand on sait que Street Fighter III, malgré ses 8 millions de dollars de budget, n’avait connu qu’un succès modéré.

L’époque était aux jeux de combat 3D dans les salles d’arcade, et la scène esportive naissante autour de 3rd Strike n’était pas encore un argument suffisant pour convaincre les dirigeants de remettre Ken et Ryu sur le devant de la scène. La franchise semblait condamnée à vivre sur ses acquis passés.

Ryu et Ken

Yoshinori Ono, l’homme de la résurrection

Le sauveur de Street Fighter s’appelle Yoshinori Ono, compositeur arrivé chez Capcom en 1993 par pur hasard après avoir repéré une offre d’emploi, lui qui adorait Final Fight. Directement assigné aux jeux de combat, il a fait ses armes sur le portage Mega Drive de Saturday Night Slam Masters avant d’enchaîner sur Super Street Fighter II Turbo, Street Fighter Alpha ou encore Street Fighter : The Movie.

Après diverses évolutions dans l’organigramme, il accède enfin au poste de producteur dans les années 2000. Cette position lui permet d’approcher Keiji Inafune, producteur-star de Mega Man et patron de l’innovation chez Capcom en 2006. Ono lui propose alors de réfléchir à Street Fighter IV, et le timing s’avère parfait : la réédition Street Fighter II’ Hyper Fighting cartonne sur Xbox Live Arcade, et Inafune, très sensible aux tendances occidentales, y voit une opportunité à saisir.

Les premières idées ambitieuses

Le projet démarre sous le nom de Street Fighter IV Flashback, une version partiellement encadrée par l’Américain David Sirlin, qui avait déjà conçu Super Street Fighter II Turbo HD Remix. Son concept était particulièrement ambitieux : développer un mode histoire en 3D inspiré de Tekken 5 ou Mortal Kombat, suivant les pérégrinations de Ryu autour du monde, avec la possibilité de rembobiner ses actions en cas d’erreur et des contrôles simplifiés révolutionnaires pour l’époque.

Cette proposition n’a jamais dépassé le stade de la réflexion. Yoshinori Ono collabore finalement avec Takashi Tsukamoto, vétéran de Fatal Fury et Dragon Ball Z : Budokai 2, pour livrer Street Fighter IV en arcade le 18 juillet 2008.

Des versions consoles généreuses et efficaces

L’aventure ne fait que commencer : Street Fighter IV débarque sur PS3 et Xbox 360 en février 2009 avec une générosité remarquable. Six personnages supplémentaires rejoignent le roster (Dan, Fei Long, Cammy, Rose, Gen et Sakura), accompagnés des versions déblocables des boss Seth et Gouken, six nouvelles arènes, des défis combos et surtout le mode en ligne tant attendu.

Le succès est immédiat et mondial. Couronné d’un 9/10 mérité dans Gamekult, le titre écoule 2,5 millions d’exemplaires en seulement deux mois. De quoi largement justifier les nombreuses rééditions qui suivront jusqu’à Ultra Street Fighter IV, un titre d’une générosité exemplaire.

Au final, Street Fighter IV et ses différentes versions cumulent plus de 10 millions de ventes, se hissant à la seconde place du podium de la franchise derrière l’indétrônable Street Fighter II. Seul Street Fighter 6 pourrait potentiellement le dépasser d’ici 2028 si la tendance actuelle se maintient.

Un héritage technique exigeant

Aujourd’hui, ce phénix de la saga accuse le poids des années à cause de son exigence technique particulière. Nous sommes désormais habitués à des jeux plus modernes et confortables, où les buffers de commandes sont généreux et pardonnent nos approximations. Street Fighter IV n’offre pas cette facilité, comme en témoignent ces fameux 1-frame links à apprendre par cœur, ces enchaînements qui ne laissent littéralement qu’une seule frame de marge pour s’exécuter.

Malgré cette difficulté qui peut rebuter aujourd’hui, le titre reste une excellente proposition visuelle et ludique, toujours aussi riche tactiquement. Il demeure le jeu qui a non seulement sauvé Street Fighter mais aussi posé les bases de l’esport moderne tel que nous le connaissons.

Lucas Durand

Depuis mon plus jeune âge, je suis un inconditionnel des jeux vidéo. Que ce soit des classiques de l'ère 8-bits ou les dernières sorties AAA, je suis toujours à la recherche de la prochaine grande aventure vidéoludique. Ayant été testeur pour un magazine de jeux vidéo, j'ai une vision à la fois analytique et passionnée des jeux que j'aborde.

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