Supraworld vient tout juste d’arriver en accès anticipé sur Steam, mais peine à trouver son public. Malgré la qualité de ses prédécesseurs et un héritage cultissime, le jeu n’attire pour le moment qu’une poignée de curieux. Pourtant, c’est peut-être l’un des Metroidvania les plus mal compris, et brillants, de ces derniers mois.
Retour dans le bac à sable
Pour situer un peu le contexte, Supraworld est la suite directe de Supraland et de son extension stand-alone Six Inches Under. Ces jeux ont su gagner un petit cercle de fans grâce à leur mélange original de puzzle-game, d’exploration à la première personne et de mécaniques façon Metroidvania. Le tout se passe dans un univers franchement barré : une civilisation de bonhommes en gomme, vivant dans un bac à sable géant, avec des excursions jusque dans la maison des humains.
On retrouve dans Supraworld cette ambiance étrange et attachante, toujours saupoudrée d’humour décalé et de références à la pop culture. La série n’a jamais eu peur d’aller dans le cheesy, en brisant volontiers le quatrième mur ou en forçant quelques blagues. Certains pourront lever les yeux au ciel, mais impossible de ne pas reconnaître le charme sincère de l’ensemble.
C’est du jeu vidéo qui ne se prend pas trop au sérieux, tout en étant diablement bien pensé.
Un gameplay qui régale
Si l’ambiance est un des gros points forts, c’est surtout dans ses mécaniques que Supraworld tire son épingle du jeu. Les puzzles sont conçus pour avoir plusieurs solutions. Le jeu introduit même une « police du glitch« , sorte de gag méta qui intervient quand le joueur dévie un peu trop des sentiers battus… sans jamais le punir. Au contraire, Supraworld encourage l’expérimentation, et ça fait un bien fou.
Carte en main, on évolue dans un monde dense, rempli de secrets, de portes dérobées, et de zones inaccessibles au début. Chaque nouvelle capacité vient bousculer notre manière d’interagir avec l’environnement.
Ce level design très « porte bloquée que tu pourras ouvrir plus tard » est hérité des Metroidvania classiques, mais ici, ça reste digeste, jamais frustrant.
Parmi les compétences obtenues au fil de la progression, on retrouve des classiques comme le double saut ou la manipulation magnétique. Et c’est surtout l’usage créatif de ces capacités qui impressionne. Exemple marquant : un mannequin que l’on peut coiffer de différents chapeaux influence le comportement des PNJ en ville. Une trouvaille brillante, qui donne au joueur l’impression de réellement manipuler les règles du jeu.
Un premier acte déjà riche
Supraworld est encore en accès anticipé, mais propose déjà un premier acte solide. Sur les quatre chapitres prévus, on en a ici un seul, mais il représente plusieurs heures de jeu selon l’approche. Comptez environ 5 heures en ligne droite, mais facilement le double si vous farfouillez chaque recoin. À noter que le jeu ne vous tient jamais par la main mais ne vous laisse pas non plus dans le flou total. C’est équilibré, et ça favorise la découverte naturelle.
Côté technique, rien à redire. Le tout tourne sous Unreal Engine 5, et l’univers tout en plastique, sable et objets du quotidien prend une jolie claque visuelle. Les jeux de lumière sont particulièrement soignés, et malgré quelques petites lourdeurs dans les animations, on est content de plonger dans cet univers miniature.
Un monde plus vaste mais parfois moins maîtrisé
Le seul bémol pour l’instant vient de la construction de certains environnements. Si Supraland brillait par sa compacité et la cohérence de ses zones, ici, Supraworld semble parfois s’éparpiller. Certaines parties du monde sont un peu trop ouvertes, avec des objets posés un peu au hasard qui cassent le rythme ou brouillent la lisibilité du level design.
C’est loin d’être rédhibitoire, mais ça donne par moments une sensation de monde « rempli pour remplir ». On espère que les prochains actes auront un peu plus de structure et de focus.
Pourquoi si peu de joueurs ?
Difficile de comprendre pourquoi Supraworld attire si peu pour l’instant. Le titre ne compte que 62 joueurs simultanés sur Steam au moment de l’écriture. C’est maigre, surtout comparé à la qualité proposée. Peut-être que la série traîne encore son image de jeu « de niche », ou que l’humour ne fait pas l’unanimité. Peut-être aussi que l’absence de compatibilité Steam Deck refroidit certains joueurs PC nomades.
Quoi qu’il en soit, Supraworld a tout pour devenir une future perle. C’est une aventure solo inventive, généreuse, qui respecte l’intelligence des joueurs. En un mot, un jeu qui mérite mieux.

