Obsidian Entertainment continue de bouder la romance dans ses jeux, et cela devient frustrant pour une partie des fans. The Outer Worlds 2, tout comme son prédécesseur, semble ignorer cette dimension affective pourtant essentielle à nombre de joueurs de RPG, qui y voient un vecteur puissant d’attachement et de profondeur narrative.
Un choix de conception qui divise
Du côté d’Obsidian, la position est claire : la romance n’est pas une priorité. Pourtant, ce choix est de plus en plus critiqué par une communauté de joueurs qui voient dans les relations amoureuses bien écrites un réel potentiel narratif. Parmi eux, beaucoup soulignent l’apport d’un lien affectif entre le joueur et ses compagnons comme un moteur d’immersion. Ce n’est pas nécessairement une question de sentimentalité à tout prix, mais plutôt d’incarner un monde vivant, aux personnages crédibles et émotionnellement investis.
Les comparaisons sont inévitables. Dragon Age, par exemple, reste une référence pour bon nombre de joueurs, justement parce qu’il propose des arcs romantiques qui participent à l’évolution des protagonistes. Morrigan, Alistair ou Dorian ne sont pas seulement des « romances » à débloquer, mais des personnages dont la personnalité s’enrichit au contact du joueur. Ces relations, amoureuses ou non, ouvrent la voie à des échanges plus subtils, à une variété de tons et de situations, et à une meilleure compréhension de ce qui anime chaque compagnon.
Des personnages trop bien écrits pour se contenter du second plan

Ce qui renforce la frustration autour de The Outer Worlds 2, c’est le soin manifeste apporté à ses compagnons. Niles et Inez, en particulier, sont décrits comme des personnages complexes, riches en potentiel narratif. Pourtant, aucune option romantique ne permet d’explorer ce lien plus en profondeur. C’est cette dissonance qui gêne : Obsidian écrit des figures que l’on pourrait facilement apprendre à aimer, mais refuse d’ouvrir cette porte, même timidement.
Ce n’est pas faute d’avoir déjà essayé. Dans Star Wars: Knights of the Old Republic II, Atton Rand symbolisait une idée de romance discrète, presque implicite, mais indéniablement présente. Son rapport ambigu au joueur, ses hésitations et ses aveux en faisaient un compagnon remarquable, justement parce qu’il réagissait à la proximité émotionnelle. Preuve que même sans tomber dans des rouages de drague mécaniques, Obsidian sait manier la complexité des sentiments.
Aimer dans un monde brisé, un acte de résistance
L’univers de The Outer Worlds n’est pas tendre : entre mégacorporations toxiques, aliénation et perte identitaire, les personnages évoluent dans une société déshumanisée. Dans ce contexte, une histoire d’amour ne serait pas une distraction romantique, mais un véritable contre-pied. Elle représenterait une forme de rébellion douce, de réappropriation de soi. Pavarti et Junlei dans le premier opus incarnaient déjà cet espoir intime qui surgit là où tout semble fermé.
The Outer Worlds 2, de son côté, peint des compagnons encore plus égarés, en quête de repères. Niles, par exemple, confronté à l’absurdité des rapports hiérarchiques, pourrait évoluer au contact d’un partenaire égalitaire, redéfinir ses convictions. Inez, broyée par les logiques de rendement, trouverait dans une relation sincère un autre cadre de valeur que sa productivité. Ces arcs auraient pu ne pas être noyés dans des romances classiques au sens Restons ensemble pour toujours, mais suggérer l’importance du lien émotionnel dans la reconstruction personnelle.
La romance, bien plus qu’une case à cocher
Certes, certaines romances vidéoludiques tombent dans la caricature ou le fan service facile. Mais lorsqu’elles sont écrites avec nuance, elles deviennent des éléments puissamment immersifs, capables d’élargir les thématiques abordées par le jeu. Refuser de les intégrer sous prétexte qu’elles ne sont pas indispensables revient à se priver volontairement d’un levier narratif. Il ne s’agit pas de transformer chaque RPG en simulateur de relations, mais d’offrir aux joueurs une liberté supplémentaire dans la manière de s’attacher aux univers et à leurs protagonistes.
En l’état, The Outer Worlds 2 passe à côté d’une occasion. Ce deuxième volet, tout en présentant des personnages plaisants et fouillés, reste froid sur le plan émotionnel. Il installe des liens, sans leur donner la possibilité d’évoluer dans une direction intime ou affective. L’univers en aurait pourtant bénéficié. Reste à espérer qu’Obsidian finira par écouter cette demande grandissante… et comprendra que la romance, utilisée avec finesse, n’affadit pas un jeu mais le rend plus humain.
