Ubisoft Charlie Guillemot

Ubisoft confie ses licences stars au fils du PDG, et ça grince

Ubisoft vient de confier à Charlie Guillemot, fils du PDG Yves Guillemot, la direction de sa nouvelle filiale clé montée avec Tencent. Cette décision a aussitôt relancé les accusations de népotisme. D’autant plus que ce jeune cadre, au parcours discuté, pilotera les franchises phares du studio, comme Assassin’s Creed et Far Cry.

Charlie Guillemot aux commandes des licences majeures

Dans une note interne consultée par Insider Gaming, Ubisoft détaille la nouvelle structure “Creative Houses”, où sont regroupées les marques vedette de l’éditeur.

À la tête de cette entité majeure, on retrouve deux co-CEOs : Christophe Derennes, vétéran de la maison depuis 30 ans, et Charlie Guillemot. Mais dans les faits, c’est bien Charlie qui va prendre la main sur les leviers les plus critiques : direction créative, marketing et performance commerciale d’Assassin’s Creed, Far Cry et Rainbow Six.

Rainbow 6 Ubisoft

L’alliance avec Tencent donne encore plus de poids à cette nomination. Le groupe chinois, désormais solidement présent au capital d’Ubisoft, investit dans cette branche stratégique. Ce nouveau cadre vise à rendre l’entreprise plus agile, mais confier autant de responsabilités à un Guillemot junior ne passe pas inaperçu.

Un profil qui interroge

Charlie Guillemot assure que son poste a été décroché sur son mérite. Dans une interview récente, il met en avant ses dix années d’expérience dans et hors Ubisoft, et se dit prêt à reconnecter la boîte avec les envies des joueurs. Son père, Yves Guillemot, renchérit, saluant l’esprit entrepreneurial de son fils, sa passion et sa capacité à incarner le virage centré sur les joueurs.

Problème : les éléments concrets du CV de Charlie sont moins flatteurs. Avant d’entrer officiellement chez Ubisoft début 2025, son parcours se résume à deux créations ou collaborations :

  • Owlient, un ancien studio racheté par Ubisoft, derrière le jeu de gestion Howrse. Le titre est peu connu du grand public et surtout axé sur des mécaniques de microtransactions.
  • Unagi, une start-up active dans le Web3, les NFT et l’IA, segments qui ne jouissent pas franchement d’une image positive dans le milieu gaming.

Si on ajoute à cela le fait qu’il n’a pas sorti de jeu connu ou dirigé d’équipe d’envergure, son positionnement à la tête des plus grosses franchises d’Ubisoft étonne. D’autant plus que Derennes, avec ses trois décennies d’expérience, semble relégué à un poste de supervision moins opérationnel.

Une décision qui sème le doute en interne et chez les joueurs

Ces dernières années, Ubisoft n’a pas vraiment brillé. L’éditeur a enchaîné les lancements tièdes voire ratés, des jeux accusés de manque d’âme ou trop pollués par des choix commerciaux discutables. Parallèlement, des scandales internes sur le management toxique et un flou artistique sur la stratégie globale ont abîmé sa réputation.

Dans ce contexte, mettre en avant un nom de famille plutôt qu’un profil à la légitimité incontestable a de quoi faire grincer des dents. D’un côté, Ubisoft dit vouloir remettre l’envie de jouer au cœur de sa démarche. De l’autre, elle confie les clés à une figure liée par le sang plus que par l’expérience.

Difficile de ne pas y voir une manœuvre de plus qui fragilise la crédibilité du groupe. Chez les joueurs comme chez les anciens salariés, ce genre d’annonce ne renforce ni la confiance ni l’envie de donner une nouvelle chance à un éditeur qui semble plus occupé à verrouiller ses intérêts familiaux qu’à proposer des jeux marquants.

Lucas Durand

Depuis mon plus jeune âge, je suis un inconditionnel des jeux vidéo. Que ce soit des classiques de l'ère 8-bits ou les dernières sorties AAA, je suis toujours à la recherche de la prochaine grande aventure vidéoludique. Ayant été testeur pour un magazine de jeux vidéo, j'ai une vision à la fois analytique et passionnée des jeux que j'aborde.

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