Valley of Memory

Ubisoft en danger ? Comment le DLC d’Assassin’s Creed soulève un dilemme éthique majeur

Assassin’s Creed Mirage accueillera le 18 novembre une extension gratuite baptisée Valley of Memory. Celle-ci proposera une nouvelle quête principale, plusieurs missions annexes, des cibles d’assassinat inédites et environ six heures de contenu se déroulant juste avant la fin du jeu. Mais derrière cette mise à jour généreuse, un partenaire controversé inquiète.

Du nouveau contenu solide dans un cadre original

Valley of Memory promet une prolongation bienvenue pour ceux qui ont apprécié l’aventure de Basim. L’action se déroulera dans la ville-oasis d’AlUla, située au nord-ouest de l’Arabie saoudite. Ce site archéologique réel, encore peu connu dans les jeux vidéo, a été reproduit avec soin grâce à la collaboration d’Ubisoft avec des experts saoudiens. Cette approche réaliste et historique, fidèle à l’ADN de la série, devrait offrir un terrain de jeu dépaysant et riche en détails.

En termes de gameplay, les six heures supplémentaires incluent une trame principale centrée sur un nouvel enjeu narratif, des activités secondaires comme des contrats ou des enquêtes, et des cibles à éliminer avec le panache habituel. Bref, du contenu gratuit, bien rythmé et suffisamment dense pour replonger les joueurs sans frustration.

Une collaboration saoudienne qui fait grincer des dents

Valley of Memory

Mais si l’annonce du DLC paraît balancée en surface, elle est rapidement rattrapée par une polémique liée à son financement. Plusieurs indices suggèrent que cette extension a été en partie soutenue par le Fonds d’investissement public (PIF) d’Arabie saoudite, dirigé par le prince héritier Mohammed ben Salmane. Ce même fonds est au cœur d’une stratégie nationale visant à améliorer l’image du pays via des investissements massifs dans la culture et le sport.

Mohammed ben Salmane, pour rappel, est accusé par la CIA d’avoir ordonné l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi en 2018, en plus d’être associé à de nombreuses violations des droits de l’homme. Si Ubisoft n’a pas confirmé que le financement du DLC provient directement du PIF, certaines initiatives autour de Valley of Memory, comme la participation d’institutions culturelles saoudiennes étroitement liées à l’État, tendent à renforcer ce soupçon.

Au sein même d’Ubisoft, des voix internes s’élèvent

La situation ne laisse pas l’entreprise indifférente non plus. Un employé aurait envoyé une note interne à la direction, s’interrogeant sur les conséquences de cette association sur l’image publique du studio. La réponse obtenue reste prudente : Ubisoft affirme que le financement ne provient pas personnellement du prince et que travailler avec des acteurs internationaux ne signifie pas renoncer à ses valeurs. Un discours défensif mais qui, pour certains, ne suffit pas à contenir les critiques.

Un symptôme d’une stratégie globale de « musclage culturel »

Ce partenariat soulève des questions plus larges sur la politique d’influence exercée par l’Arabie saoudite dans les industries culturelles et sportives, souvent qualifiée de « sportswashing ». Le pays détient déjà une part majoritaire de SNK, l’éditeur derrière Metal Slug et The King of Fighters, et le PIF serait impliqué dans une offre de rachat du géant Electronic Arts. Ces investissements permettent à l’Arabie saoudite d’acquérir une place stratégique dans la production de contenus, avec le risque que certains sujets deviennent tabous, notamment les représentations LGBTQ+, encore très sensibles dans le pays.

  • Engagement saoudien croissant dans le jeu vidéo
  • Investissements dans l’esport international
  • Organisation récente de la Coupe du monde d’esport
  • Implications dans d’autres domaines : football, golf, catch, fléchettes

Jusqu’où être prêt à aller pour financer un jeu vidéo ?

Ce type de partenariat devient de plus en plus fréquent dans un contexte où les budgets explosent et les financements se font rares. Pourtant, le fait d’accepter de l’argent d’un régime autoritaire est une ligne que certains estiment à ne pas franchir. Si Ubisoft défend sa stratégie comme une ouverture culturelle, beaucoup y voient au contraire un compromis éthique difficile à justifier. Et ce, même pour un simple DLC gratuit.

Lucas Durand

Depuis mon plus jeune âge, je suis un inconditionnel des jeux vidéo. Que ce soit des classiques de l'ère 8-bits ou les dernières sorties AAA, je suis toujours à la recherche de la prochaine grande aventure vidéoludique. Ayant été testeur pour un magazine de jeux vidéo, j'ai une vision à la fois analytique et passionnée des jeux que j'aborde.

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