Certains joueurs zappent presque systématiquement les cinématiques, préférant l’action au récit. Dans Baby Steps, le nouveau jeu de Bennett Foddy, cette habitude devient une mécanique de gameplay à part entière : sauter trop de scènes déclenche une cinématique absurde de 30 minutes, en forme de commentaire méta sur le médium.
Zapper, c’est (presque) jouer
Baby Steps part d’un constat très simple mais rarement traité frontalement : une partie importante du public saute les cinématiques, même lors d’une première partie. Le studio derrière le jeu, composé de Bennett Foddy (QWOP), Gabe Cuzzillo (Ape Out) et Maxi Boch, a décidé d’en jouer. Dans ce simulateur de marche maladroite volontairement inspiré de QWOP, le fait de vouloir zapper les cinématiques devient un acte interactif.
À chaque nouvelle tentative de passer une scène, le jeu complique la tâche. Cela se traduit par de petits mini-jeux qui surgissent au moment où l’on spamme le bouton « skip ». Rien de rédhibitoire, mais suffisamment farfelu pour faire comprendre que l’on n’est pas totalement aux commandes… et que le jeu nous observe.
Un cadeau absurde pour les serial-skippers
Après avoir sauté environ trente cinématiques, le joueur passe un cap étonnant : le jeu déclenche alors une cinématique fleuve de près de trente minutes. On s’y retrouve téléporté dans une cabane enneigée, où le protagoniste Nate dialogue avec une créature anthropomorphe, Moose, qui a l’allure d’un âne humanoïde.
La conversation entre Moose (doublé par Bennett Foddy lui-même) et Nate (interprété par Gabe Cuzzillo) est un festival de digressions et d’idées à la fois absurdes et étonnamment pertinentes. On y évoque des sujets improbables que :
- le Joker de DC Comics
- des références au Cirque du Soleil
- des jeux connus pour leurs cutscenes marquantes
- une réflexion sur le fait que les joueurs ne regardent plus les histoires qu’on leur raconte
La scène brise sans arrêt le quatrième mur et joue avec nos attentes de joueur. Elle transforme le fait de zapper en un événement narratif à part entière.
Un jeu qui parle de la façon dont on joue
Avec cette mécanique secondaire mais marquante, Baby Steps ne se contente pas d’être un simulateur bancal à la QWOP. Il devient aussi un commentaire sur notre manière de consommer le jeu vidéo. Le choix de zapper un passage narratif n’est plus anodin : il déclenche ici une cascade d’événements, jusqu’à cette scène absurde, presque punitive dans sa longueur… mais volontairement conçue ainsi.
Disponible dès à présent, Baby Steps propose une expérience tactile, absurde et très consciente de son médium. Son système de cinématiques rend un hommage détourné au storytelling dans le jeu vidéo tout en pointant du doigt la tension parfois un peu trop forte entre narration et gameplay. Chez Foddy, même sauter une cutscene devient un jeu en soi.

